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 L'autre monde du silence (Feat. Miko)

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Aki Hotaba
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MessageSujet: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Jeu 29 Nov - 22:42




L'autre monde du silence

Aki était content de lui. Très, très content. Le cours de littérature venait de se finir. Il avait réussi à rendre sa fiche de lecture en temps et en heure à son prof, Kunikida Sensei ! Et quelle fiche ! Qui pouvait imaginer la prouesse qu’il venait de réaliser, en faisant une explication de texte du magazine “Copines Coquines” qu’il avait trouvé dans la cour la semaine précédente ? Un journal de ce genre, plus axé sur les photos dénudées que sur les mots, avait été un véritable défi, proposé par Kunikida lui-même. Et Aki l’avait relevé. Désormais, il allait devoir attendre l’avis de son professeur, non sans une certaine impatience, espérant qu’il apprécierait le second degré utilisé tout au long de sa fiche, et l’humour, qu’il avait voulu subtil, pour contrecarrer le côté vulgaire du peu de texte que contenait la revue.
Maintenant que ce devoir-là était fini, il fallait se consacrer aux autres. Il lui restait celui de science, matière qu’il exécrait par dessus tout, et celui d’anglais. Mais le cours de langue lui posait un problème. Lui qui avait toujours été bon élève, il avait vu sa moyenne chuter depuis son arrivée à Yokuboo. Il n’en connaissait que trop bien la raison, mais ne parvenait pas à trouver de solution. En fait, l’enseignante qui occupait ce poste, fascinait Aki de telle sorte que le lycéen ne parvenait pas à écouter le cours, et prenait des notes illogiques, qui ne voulaient absolument rien dire lorsqu’il tentait de se relire dans sa chambre. Cette femme était étrange. D’abord, ses cheveux et sa peau claire se remarquaient particulièrement dans le paysage nippon. Mais surtout, il y avait ce côté fragile chez elle qui transparaissait dans tous ses mots, dans tous ses gestes, dans ses regards fuyants. Pourtant, elle donnait bien le change et la plupart des élèves ne semblaient pas “bloquer” sur cette bizarrerie. Mais cela n’avait pas échappé à Aki, qui restait particulièrement dubitatif et étudiait sans cesse la gestuelle de la jeune femme. Du coup, il en zappait totalement les conjugaisons, les subtilités du langage et autres tournures syntaxiques à connaître. Autant dire qu’il ne s’amusait pas lorsque le moment de faire ses traductions était venu.

C’est la raison pour laquelle Aki traînait ses baskets jusqu’à la bibliothèque. Il devait absolument rendre son travail au prochain cours, prévu le lendemain à neuf heures, et il n’avait pas avancé d’un pouce sur ce texte de deux pages entières à traduire et à expliquer. Après avoir poussé la porte de la bibliothèque, Aki se mit en quête du rayonnage “Langues étrangères” afin de trouver les outils nécessaires à la réalisation de son travail. Une fois le labyrinthe de livres et d’étagères épluchés, il trouva les précieux ouvrages dont il aurait besoin. Mais par lequel commencer ? Aki prit un dictionnaire, un livre de synonymes, un autre sur les expressions usuelles, et une quantité d’autres livres qui constituaient une belle pile sur son bras gauche. La biographie de l’auteur du texte à traduire était peut-être de trop. Perturbant l’équilibre délicat de cette tour de bouquins, tous quittèrent les bras d’Aki pour s'effondrer au sol, brisant le silence obligatoire dans cette salle d’étude et de connaissances. Evidemment, même planqué entre deux rayonnages, Aki senti la curiosité et l’agacement des regards qui cherchaient l’origine de ce foutoir au travers des interstices entre les livres. Le bibliothécaire allait faire la gueule. Aki ramassa chaque livre le plus discrètement possible, en ravalant ses *Putain de merde ! * si fort pensés, et se mit en quête d’une table libre pour étaler tout ça. Si tout le monde avait remarqué sa présence, la brusquerie de ses gestes, le bordel qu’il faisait rien qu’en tirant une chaise, personne ne semblait, en revanche, remarquer la présence de la jeune femme albinos qui se trouvait dans un recoin de la salle. Et tandis qu’un bon nombre de regards aux sourcils froncés s’étaient posés sur lui, Aki repéra justement l’un des rares visages à ne pas se relever du tout. Celui de sa prof d’anglais.

Aki s’installa, ouvrit un bouquin, le referma, en ouvrit un autre, ne sut quoi en faire et tenta finalement de se pencher sur son texte directement. Mais rien. Rien ne venait. Pourquoi ? Exactement pour la même raison que pour ses cours. La présence de sa prof le distrayait dans son travail. Sans même s’en rendre compte, il l’observait. C’est lorsque cette dernière éternua qu’il s’aperçut de son espionnage involontaire. Il fit mine de se replonger sur le texte, mais décidément, ça ne prenait pas.

Alors Aki prit une décision soudaine. Puisqu’il avait son professeur sous la main, pourquoi ne pas demander de l’aide, et ainsi lui adresser la parole pour la première fois depuis la rentrée. Une fois qu’une idée germait dans la tête de l’élève, impossible de l’en faire partir. Déjà, Aki Hotaba se tenait debout devant Okamoto sensei. Fallait-il lui dire “Madame” ? Etait-elle mariée ? “Mademoiselle” alors ? Dans le doute, et au risque de paraître brusque, Aki s’entendit dire, d’un ton décidé et volontaire :

Bonjour ! Et à vos souhaits ! Désolé de vous déranger, mais ...

Le visage de la jeune femme se leva vers lui. Visage aux traits réguliers, fins, doux. Aki s’en senti bloqué dans son élan. Aki, généralement assis au fond de la classe, découvrait son visage de près. La brusquerie du début se changea aussitôt en un ton hésitant, nettement moins décidé :

... j’arrive pas à...faire mon devoir. Vous savez ? C’est ce texte sur George Bernard Shaw…, l’extrait du Pygmalion… J’comprends rien.

Une fois n’étant pas coutume, les joues d’Aki s’étaient légèrement teintées.

“Et… je sais pas par où commencer. Et aussi, euh, j'crois que vous êtes assise dans un courant d'air.”

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Yumiko Okamoto
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Sam 1 Déc - 1:28





L'autre monde du silence
Date : 30/11/2018
Sujet : Rencontre avec Aki Hotaba, un élève à qui j'enseigne l'anglais


Depuis combien de temps étais-je professeur à Yokuboo ? Quelques mois et je ne savais pas quoi penser de cette vie qui avait débuté pour moi. Je restais terriblement seule peu importe le nombre de personnes que je pouvais rencontrer. Après tout, je voyais surtout des élèves, j'avais très peu de liens avec les professeurs avec qui le peu de conversations tournaient essentiellement autour des cours et les jeunes. Je ne les avais pas tous rencontrés, mais parfois il me semblait les connaître avant de les avoir rencontrés et je trouvais cela un peu effrayant. Puis, d'un autre côté, j'avais vu de loin James. Il était vivant et de retour. J'en avais été réellement heureuse. Néanmoins, je n'avais pas eu la force d'aller à sa rencontre et lui parler. Comment aurais-je pu alors qu'il m'avait abandonnée un an plus tôt… Voire plus désormais. J'avais perdu le compte et la force d'y repenser n'était pas au rendez-vous. Alors, j'avais fait demi-tour et abandonné l'idée de lui parler ou le rencontrer. Tant qu'il était heureux, c'était le principal…

Les cours se passaient généralement calmement et je n'avais de problème avec personne. Malgré cela, je préférais nettement les moments passés avec Plume à la maison, ou à la bibliothèque, de l'école où de la ville, pour étudier divers sujets. Je m'intéressais un peu à tout sauf à l'informatique. Étrangement, toucher à des appareils touchant à ce domaine était pour moi comme me mettre un objet extraterrestre entre les mains. C'était la même chose. Et pour prouver cela, ça ne manquait jamais, dès que quelqu'un cherchant à m'expliquer je faisais toujours planter la machine. Même sans rien faire de spécial selon moi, mais je n'en savais absolument rien en vérité.

Je venais de terminer mes cours et il me restait des heures à tuer. J'avais donc décidé d'aller à la bibliothèque pour me renseigner sur un sujet porté par un élève. Cela tombait bien puisque j'avais avec moi un carnet que j'utilisais pour mes “études” personnelles. Je n'avais donc fait aucun détour sur le chemin me menant à destination, et étais directement allé dans un rayon à la recherche d'un livre qui m'aiderait à comprendre, silencieusement. J'avais cherché un moment avant de trouver mon bonheur et m'installer dans un coin tranquille. A partir de ce moment précis, je ne fis plus vraiment attention à ce qui m'entourait. De temps en temps, je me levais pour me trouver un autre livre avant de retourner m'asseoir et prendre des notes à mesure de mes découvertes. Je restais bien plusieurs heures sans regarder l'heure où voir le temps passer.

Après plusieurs heures à passer là, j’éternuai en me bouchant le nez pour ne pas faire beaucoup de bruit. Il faisait froid… Mais concentrée comme je l’étais, je n’avais aucune envie de bouger pour changer de place. J’avais vécu bien pire. Pourquoi m’inquiéterais-je d’un petit courant d’air ? C’était ce que je pensais en me remettant à ce que je faisais. De ce fait, je n’entendis pas que quelqu’un s’approchait de moi. Ce, jusqu’à ce qu’il m’appelle par mon nom de famille et me fasse la formule qu’on donnait aux personnes qui éternuent. Je relevai donc la tête vers cette personne. Je le reconnus en l’écoutant : Aki Hotaba. Il s’agissait d’un de mes élèves. Il ne me semblait pas l’avoir déjà vu répondre à une des questions posées en classe. Sans parler de ses notes qui ne cessaient de chuter malgré le travail qu’il semblait fournir. D’ailleurs, la raison pour laquelle il vint me voir résultait en ce problème : il n’arrivait pas faire le devoir que je leur avais demandé de faire.

Souriant finement mais gentiment, poliment, je me tournai vers lui et lui désignai la chaise non loin de moi pour lui proposer de s’asseoir. Puis, le laissant le faire s’il le souhaitait, je lui répondis d’une voix assez forte pour qu’il l’entende sans déranger les personnes potentiellement autour :

- Est-ce le sujet du devoir qui pose problème ou autre chose ?

Lui faire part de ses notes qui baissaient n’était clairement pas une bonne idée. Je ne voulais ni le froisser, ni le braquer. Puis, il était sans doute au courant de cela. Lui donner un sentiment d’infériorité était très mauvais. Alors, mieux valait chercher la source du problème en lui demandant s’il connaissait la cause de ce dernier. Sans cela, il était impossible de l’aider, que ce soit d’une façon ou d’une autre. Après tout, un conseil n’était valable que s’il touchait la bonne corde. J’étais bien placée pour le savoir, alors je n’allais pas faire cette erreur que je ne voulais pas qu’on fasse à mon égard.

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Aki Hotaba
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Sam 1 Déc - 22:37




L'autre monde du silence

Se sentant pris au dépourvu de l’invitation à s’asseoir, Aki n’hésita qu’une seconde à peine avant d’accepter silencieusement. Il s’installa sur la chaise et s’accouda sur la table près du devoir qu’il venait de poser dessus. L’élève ne savait plus trop comment se comporter, car voir le visage souriant de son professeur, et le voir d’aussi près, le déstabilisait, lui qui avait tant d’aplomb d’habitude. Alors son regard oscillait entre le devoir et les mains de sa prof. Parfois, furtivement, il la regardait dans les yeux. Il s’énervait intérieurement de ne pas parvenir à soutenir un regard, alors que d’ordinaire, c’était un sport dans lequel il excellait. Depuis quand son regard si franc n’arrivait-il plus à se fixer ? depuis quelques minutes à peine, lorsqu’il découvrait toute la douceur et la fragilité mêlée dans un seul visage. Déconcertant.

- Est-ce le sujet du devoir qui pose problème ou autre chose ?

C’était une très bonne question. Etonnante de justesse. Mais que répondre ? Aki regarda son texte d'anglais. Il ne se sentait pas totalement incapable de faire ce travail. Tout semblait même plutôt clair maintenant qu’il se posait la question de savoir pourquoi il n’y arrivait pas. Ce n’était ni un problème de vocabulaire, ni de compréhension globale. Même l’auteur, il en connaissait assez sur sa biographie pour cerner le personnage et pouvoir en dresser un portrait, et lire entre les lignes de son œuvre. Alors d’où venait ce foutu blocage ? Aki n’était pas du tout réfractaire à l’anglais, contrairement aux sciences ou aux maths. Alors pourquoi ? Pourquoi ?

Un flash. S’il n’arrivait pas à écouter en cours, et s’il prenait des notes foireuses de manière sporadique, ça ne venait pas de la matière en elle-même, ni de la capacité intellectuelle d’Aki. L’élève venait juste de comprendre. En cours, il bloquait exactement de la même manière que quelques minutes plus tôt, dans cette bibliothèque. Pour faire ses devoirs, c’était à peu près toujours la même chose. Aki bloquait parce qu’au lieu de réfléchir à son travail, il repensait au cours, aux mots dit par la prof, et la prof… Et bien c’était elle qui générait le problème. Elle bloquait Aki malgré elle, sans rien faire, juste en étant… Elle. Cette femme était tellement étrange qu’Aki ne pouvait pas s’empêcher de se poser mille questions à son sujet.

Que répondre alors ? Okamoto lui avait posé une question depuis deux ou trois minutes, et Aki avait beau se gratter la tempe pour réfléchir, il n’avait pas encore desserré les lèvres. Fallait-il raconter un sombre prétexte vaseux, et pourtant crédible, sur le fait qu’il était trop con pour comprendre ce texte, que ses lacunes étaient la cause de sa mauvaise moyenne, ou bien dire la vérité ? L’orgueil d’Aki lui interdisait la première solution. Aussi, il s’entendit dire, tout en relevant les yeux sur elle :

“C’est vous. C’est de votre faute.”

Il vit le regard interrogateur de sa prof se plonger dans le sien. C’est sûr que dit comme ça, elle avait toutes les raisons de croire qu’il l’accusait d’être une mauvaise pédagogue. Et ce n’était pas du tout ce qu’Aki voulait.

”Non pas de votre faute mais… Il suffit que je vous regarde et BAM. J’arrive pas à vous écouter.”
*Bien Ducon
, pensa t’il. Maintenant elle va s’imaginer des trucs.*

Aki soupira. Comment expliquer concrètement son problème ? Cela semblait impossible. Car à moins de lui demander de but en blanc “Pourquoi vous êtes comme vous êtes ? Pourquoi, quand vous dites bonjour, on a l’impression que vous allez vous excuser ?”, on ne pouvait pas trouver mille excuses pour cette situation.

Et puis d’un coup, Aki eu une lueur. Un truc qui peut-être pourrait expliquer que cette femme semble si fragile malgré toute l'énergie qu’elle déployait pour le cacher. Une femme battue ! Sans même réfléchir au lien douteux qu’on pourrait logiquement faire entre sa phrase précédente et celle qui allait venir, Aki ne put s’empêcher de demander aussitôt :

“Vous êtes mariée ?”

Pour lui, la question n’avait aucune connotation ambigüe.

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Dernière édition par Aki Hotaba le Dim 2 Déc - 20:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Dim 2 Déc - 2:03





L'autre monde du silence
Date : 30/11/2018
Sujet : Rencontre avec Aki Hotaba, un élève à qui j'enseigne l'anglais


Le jeune homme ne s’était pas fait prier avant de s’asseoir, posant son devoir sur la table. Il me sembla néanmoins nerveux. Intimidé ? Je n’aurais su le dire. En classe il s’était montré très discret et je n’avais pas eu l’occasion de parler avec lui, d’une façon ou d’une autre. Cela me poussa plus encore à poser la question qui m’avait tant brûlé les lèvres : avait-il des problèmes avec la langue ou en avait-il un autre ? Je doutais que ce soit la première option vu qu’il se débrouillait très bien avant d’arriver cette année. Je lui laissai donc le temps de faire l’introspection dont il semblait avoir besoin, sans rien dire, tentant de ne pas trop le fixer pour ne pas me montrer insistante. Pour cela, je fermai un à un les livres posés sur la table. On aurait pu croire qu’ils étaient là, posés à la va-vite là où il y avait de la place sur la table. Mais, en réalité, ils étaient classés de sorte que je puisse les retrouver facilement. Et lorsque je les empilai, ce fut par ordre alphabétique sans en faire des tours qui pourraient tomber. Puis, ce fut au tour de mon carnet que je gardai devant moi. Il fallait que je me concentre sur le jeune homme et, pour cela, il ne fallait pas que je me fasse la promesse que je pourrais continuer l’étude que je faisais en cette soirée. Plus tard, certes, mais peut-être un autre jour.

Lorsque je posai à nouveau mon regard sur l’élève, ce fut avec l’expression d’une profonde surprise déformant mes traits. Ma faute ? Comment cela ? Mes méthodes ne lui plaisaient-elles pas ? Cela était possible étant donné que je commençais seulement dans ce domaine et n’avait aucune expérience pour m’aider. Néanmoins, cela me rendait extrêmement nerveuse. Où se trouvait mon erreur ? Pourquoi cela lui déplaisait et le bloquait pour faire les devoirs demandés ? A moins que le problème soit ailleurs ? Le problème venait-il réellement de moi et non de mes méthodes ? … Comme avec ma famille ? Silencieuse, je m’efforçai de rester calme et attendis des explications. Il ne fallait pas que je me précipite, même si c’était dur et que j’avais terriblement mal. Heureusement, il ne tarda pas à se rattraper en se reprenant : apparemment, quand il venait à me regarder, il avait des problèmes pour se concentrer. Cela venait donc de moi. Mais de quelle manière ? Je ne compris pas du tout les raisons qui pouvaient pousser à un tel blocage. On ne m’en avait jamais parlé et je ne me rappelais pas l’avoir un jour vécu… sauf par peur. Avait-il peur de moi ? Je me posai réellement la question avant de me reprendre. S’il avait réellement peur, il ne serait pas venu m’en parler. Du moins, il ne me semblait pas. Pourtant, cela aurait expliqué sa timidité apparente alors que, dans les couloirs, quand je le croisais de temps en temps, il semblait bien plus assuré que ça.

Passant ma main sur mon bras, je restai silencieuse, ne sachant que dire. Même poser des questions de manière à mieux comprendre la situation me parut difficile. C’était ma faute, encore une fois… Réaliser que je faisais du mal aux autres, même sans le vouloir, me blessait comme le jour où James était partit sans un au revoir. Peut-être parce que je me sentais seule ? Je n’en savais rien et je savais qu’il ne fallait pas que je me penche sur la question. Pas si je voulais continuer ma vie, remonter la pente. Je baissai donc les yeux avant de regarder mon carnet désormais fermé. Je n’avais pas le droit de me replonger ainsi dans mes études. Un élève avait besoin de moi malgré que ce soit de ma faute et que je ne sache pas quoi faire. Ce fut pire quand il me demanda si j’étais mariée. Je ne compris pas d’où venait cette question et je ne sus pas comment lui répondre alors que je le regardais avec des yeux ronds.

Néanmoins, doucement, je parvins à me reprendre et lui sourire sans joie pour lui répondre en cachant du mieux que je pus les trémolos dans ma voix et mon envie de pleurer ma solitude :

- Non, je ne le suis pas. Pourquoi cette question ?

Sur mes genoux, mes doigts étaient entrelacés pour m’empêcher de jouer avec mon fin collier ou une mèche de mes cheveux. Je ne voulais pas montrer ma nervosité, mes peurs ou ma tristesse. Il fallait que je me montre solide et digne de confiance. Peut-être que, de cette façon, je pourrais savoir quelle était ma faute et, ainsi, voir ce que je pouvais changer pour éviter que le problème revienne. J’allais possiblement devoir en parler également à mon coach de vie et/ou à mon psychiatre. Je ne voulais pas devoir prendre plus de médicaments, mais si c’était la seule façon pour que tout aille mieux… Sinon il était un moyen plus radical… Non!! Je ne pouvais pas abandonner Plume ! Mais qu’étais-je en train de penser encore… ?

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Aki Hotaba
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Dim 2 Déc - 21:28




L’autre monde du silence

Aki n’avait pas encore mesuré l’indiscrétion de sa question, et l’impression qu’il avait pu donner à son professeur à se comporter ainsi. Ce n’est qu’en la voyant légèrement décontenancée, et la voir lutter contre une émotion qu’il ne comprenait pas, que l’élève remarqua enfin qu’il l’avait probablement mise mal à l’aise. Pourtant, gentiment, posément, elle avait répondu à sa question. Cela démontrait un cran. Mais il n’avait pas échappé à Aki que sa voix s’était très légèrement modulée. C’était en partie grâce à cela que le lycéen avait remarqué qu’il avait certainement franchi une limite sans s’en rendre compte. Afin de dissiper un malentendu au plus vite, Aki leva les sourcils et dit de la façon la plus sincère du monde :

“Euh, désolé, c’est pas ce que je voulais vous demander.”

Mais bon, trop tard. Comment enchaîner maintenant ? Comment se rattraper et revenir sur le sujet du devoir ? D’autant que la réponse de la prof d’anglais n’avait pas répondu à ses attentes. Si ce n’était pas une femme battue par son mari, par qui alors ? Peut-être n’était-elle battue par personne et qu’il se faisait des gros films. Et puis pourquoi il s’en préoccupait aussi ? Ce n’était pas ses oignons. En quoi la vie de cette femme, une prof surtout, pouvait le concerner ? Sauf qu’il ne pouvait pas s’en détourner aussi simplement maintenant qu’il avait posé cette question indiscrète sans réfléchir. Sans aller jusqu’à se justifier, il devait au moins répondre à la question que Okamoto sensei lui avait posé en retour.

“C’est juste que… c’est pas normal de pas l’être à votre âge.”

Dans le genre “creuse ta tombe plus profond mon gars” Aki était un champion. Un silence pesant s’installa entre eux durant de longues secondes. Aki, maintenant, fixait la feuille du devoir posée devant lui. Peut-être qu'elle était en train de se marrer et de se payer sa tronche. Il y aurait de quoi. Aki lui-même se demandait comment il pouvait être aussi con parfois. Que voulez-vous, sa spontanéité était quasiment incontrôlable. Quand il releva les yeux, ce n’est pas un sourire qu’il vit. Plutôt une grande détresse. Mais aussitôt qu’il posait les yeux sur elle, la jeune femme s’efforça de reprendre contenance et de masquer ses états d’âmes. Aki l’avait ébranlée malgré lui. Le jeune homme s’en sentit coupable. Il poussa un soupir. Il risquait de prendre cher s’il se mettait un prof à dos, surtout dans une matière où il perdait du terrain. Pourtant, ce n'était pas pour son propre cas qu'il s'inquiétait le plus. Il n'avait tout simplement pas l'intention de lui faire de la peine. Alors, ce n’était pas dans ses habitudes, mais Aki rassemblait toute son énergie pour parvenir à s’excuser dans les règles :

“Je vous prie de m’excuser. J’avais pas à vous demander ça. En fait je comprends pas pourquoi ma moyenne baisse. J’arrive plus à être attentif en cours.”

Aki n’avait plus qu’à espérer qu’il n’avait pas froissé sa prof, ou qu’elle n’était pas trop choquée par l’attitude irréfléchie d’un lycéen impulsif, voire débile. C’est avec un sincère espoir qu’il ajouta :

“Vous pensez que vous pouvez m’aider à remonter ma moyenne ?”


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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Lun 3 Déc - 2:08





L'autre monde du silence
Date : 30/11/2018
Sujet : Rencontre avec Aki Hotaba, un élève à qui j'enseigne l'anglais


Comme paniqué, le jeune homme se montra comme décontenancé, même si j’imaginai plutôt qu’il mesurait plutôt l’impact de ses paroles malgré ce que je faisais pour le cacher. De ce fait, il s’excusa maladroitement en annonçant que telle n’était pas la question qu’il voulait poser. Encore une fois, je me trouvai un peu perdue, mais n’en montrai rien, continuant seulement de sourire avec douceur. Puis, il répondit à ma question. D’abord silencieuse, je tentai de mettre un sens sur ce qui venait de m’être dit. Doucement, derrière une main que je plaçai devant ma bouche à mesure que montait la nouvelle hilarité qui me prenait, je me mis à rire. Il ne s’entendait pas, mais pouvait se voir à la cadence de mes épaules qui montaient et descendaient un peu. Je me repris cependant rapidement : certes, je n’avais que vingt-six ans, donc le fait que je n’étais pas mariée n’était pas si étrange que cela. Néanmoins, il n’en restait pas moins que je me trouvais être désespérément seule. Loin du coeur de ceux qui me connaissaient au moins de nom. Il n’y avait que Plume, mais si elle venait à disparaître, plus rien ne me retiendrait en cette vie cruelle…

La tristesse envahie malgré moi, malgré mon sourire resté sur mon visage, comme éternel et sans joie, mes traits. Pourtant, ne m’en rendant pas totalement compte, je laissai ma main redescendre rejoindre l’autre sur mes genoux tandis que mon regard retrouvait le visage du jeune homme. Ce dernier semblait m’observer avant de pousser ce soupire. Je savais pertinemment que je n’étais pas la source de son exaspération. Après tout, mis à part rire un peu, ce qui était rare chez moi, que j’avais rien fait qui aurait pu le froisser. Tant et si bien que j’attendis patiemment qu’il reprenne la parole sans oser lui expliquer qu’à mon âge il n’était pas impossible de vivre seul. Penser à cela m’était beaucoup trop difficile, beaucoup trop douloureux. Et ce, peu importe la raison pour laquelle le sujet était abordé.

Soudainement, alors que je ne m’y attendais pas du tout, Hotaba-kun s’excusa auprès de moi avant de préciser qu’il ne savait pas pourquoi sa moyenne ne cessait de baisser. Il ajouta également qu’il avait également des problèmes de concentration. Outre sa sincérité qui me fit plaisir, même si elle n’était pas totale puisqu’il avait précédemment dit que cela venait de moi, je pris en compte ses excuses d’un mouvement de tête. Sa demande par la suite agrandit légèrement mon sourire alors que je lui répondais, laissant tout de même une petite pause pour qu’il ne pense pas que j’avais ma réponse de prête avant qu’il ne parle puisque ce n’était pas le cas :

- Personnellement, je veux bien t’aider à remonter ta moyenne, mais pour ça il faut avant toute chose régler ce problème de concentration, tu ne crois pas ?

Je réfléchis un instant, main au menton, avant d’ajouter sans la moindre trace de colère, peine (même si j’en ressentais d’aborder à nouveau le sujet) ou de reproche dans ma voix :

- Tu as dis que c’était au moins en partie ma faute. J’aimerais que tu me précise ta pensée, s’il te plaît. Je ne te le demande pas en tant que professeur, mais en tant qu’individu. Je souhaite comprendre.

Etait-ce ma soif qui parlait, mon envie de progresser, ou la peur de faire une erreur qui me faisait parler ainsi ? Peut-être un peu des trois raisons à la fois. Je ne mentais pas à l’élève qui me faisait face. C’est quelque chose que je ne me serais certainement pas permit. Déjà parce que je savais pertinemment que pour résoudre un problème il fallait annihiler la source. Je l’avais vécu, je ne pouvais pas laisser ce jeune homme répéter les mêmes erreurs que moi. Surtout que cela pourrait jouer sur son avenir. C’était donc plus important que le fait d’avoir une bonne moyenne. Il fallait qu’il le comprenne et accepte de me parler… même si je n’étais pas sûr qu’il y ait une véritable relation de confiance d’installée entre lui et moi. Sans compter que j’étais en train de me retirer de mon statut de professeur. On m’avait fortement conseillé de ne jamais le faire mais, pour le bien d’autrui, ne pouvais-je pas prendre le risque ?

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Aki Hotaba
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Mer 5 Déc - 21:34




L’autre monde du silence

Etonnamment, la professeur d’anglais ne s’était pas offusquée des propos de son élève, ni de son indiscrétion au sujet d’un hypothétique mariage. Elle n’avait pas fait cas de ses remarques spontanées qui auraient pu être jugées désobligeantes. Aki s’en estimait chanceux et soulagé. Au contraire, elle acceptait avec douceur de l’aider à remonter sa moyenne. Encore fallait-il trouver la source du problème. Elle avait donc entièrement raison de revenir sur le point qui avait été abordé précédemment.

“Quand j’ai dis que c’était de votre faute, c’était une erreur. J’ai mal formulé.”

Aki posa ses coudes sur la table et se massa les tempes en réfléchissant à ce qu’il allait bien pouvoir apporter comme explication. Impossible de dire concrètement qu’il n’écoutait rien parce qu’il passait son temps à la regarder. Cela serait sans doute très mal interprété, et d’ailleurs, ce n’était pas du voyeurisme, comme cela pourrait être supposé, mais plutôt de l’observation, motivé par une curiosité à l’égard d’un comportement qui n’était pas commun. Après un certain temps passé à chercher ses mots, Aki releva la tête et fixa le mur derrière la jeune femme, tordant sa bouche sous l’effet de la réflexion. Et au bout d’un moment, enfin, il parla :

“Ce que je voulais dire, c’est que votre… façon d’être… m’empêche de vous écouter. Vous… comment dire… vous agissez d’une telle façon que je ne me concentre pas sur ce que vous dites, mais sur ce que vous faites. Par exemple, quand vous entrez en classe, vous dites toujours bonjour en faisant bien attention de ne croiser aucun regard. Et même lorsque vous interrogez un élève, vous regardez le tableau, votre bouquin, ou la fenêtre mais jamais l’élève en question.”

Tout en parlant, il regardait son professeur régulièrement dans les yeux, et se tut lorsqu’il s'aperçut que justement, aujourd’hui, elle répondait au regard de quelqu’un. En effet, depuis qu’il parlait, la jeune femme le regardait régulièrement dans les yeux. Parfois elle fixait ses mains, bien sûr, mais souvent, elle répondait à son regard et l'écoutait normalement, sans fuir, ce qui discréditait le discours que l’élève était en train de faire. Aki en fut légèrement perturbé dans ses explications. Il fit une courte pause, se gratta le menton, et reprit :

“C’est ce que vous faites généralement en cours. ça et d’autres trucs du même genre. Alors… je sais que ça me regarde pas mais… souvent, je me demande pourquoi vous faites ça. Pourquoi vous ÊTES comme ça. C’est comme si vous vous sentiez… dans une sorte de … cage.”

Bon, Aki ignorait si ces explications allaient être tolérées par sa prof, ni même si cela règlerait son problème d’attention en cours, mais au moins, il avait craché le morceau. Lui, tout ce qu’il voulait, c’était pouvoir se libérer de ces interrogations à l’égard de cette femme afin de pouvoir écouter le cours normalement. Qu’est-ce qu’il en avait à faire au fond, de la vie personnelle d’un prof ? Il était bien incapable de comprendre pourquoi les gestes fuyants et l’attitude presque soumise de cette femme l’interpellaient à ce point.


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Yumiko Okamoto
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Jeu 6 Déc - 3:15





L'autre monde du silence
Date : 30/11/2018
Sujet : Rencontre avec Aki Hotaba, un élève à qui j'enseigne l'anglais


Le jeune homme répondit à ce que je lui demandais de faire en me répétant qu’il s’était mal exprimé, que ce n’était pas vraiment ma faute. Puis, il posa ses coudes sur la table et sembla regarder dans le vague. Je me dis qu’il devait-être en train de réfléchir. Cela me fut indiqué par le massage de ses tempes également. A moins qu’il n’ait mal à la tête ? Je n’aurais su le dire, malheureusement. Rien que ces suppositions me demandaient de gros efforts de réflexion car je devais réfléchir à la façon dont pensaient les autres, revenir à mon passé, mon vécu, mais également à ce que j’avais pu lire dans les livres. Malheureusement, ce n’était pas assez. Je ne connaissais pas assez Hotaba-kun pour me rassurer. Alors, plus les minutes passaient, plus j’avais l’impression qu’il fallait que j’intervienne, lui demande si ça allait bien. Bien sûr, je repoussais cela de crainte de le déranger.

Heureusement, il finit par relever la tête et sembla regarder un point fixe dans ma direction. A moins que ce ne soit moi qu’il regardait ? Je n’en étais pas sûre. En tous les cas, sa réponse vint et me donna plus d’indications sur les raisons de son manque de concentration. Je l’intriguais. Il semblait être très observateur et cela semblait lui donner beaucoup de mal parce que je n’étais pas comme tout le monde. En fait, peut-être inconsciemment, il cherchait à connaître les autres, à les analyser, en les observant. A moins que ce ne soit spécifique à moi car j’étais trop différente ? Mais, finalement, un mot me fit légèrement pâlir et murmurer en jouant finalement avec une mèche de cheveux à l’aide de mon index :

- Il est fort possible que je n’en sois pas totalement sortie.

Pourtant, cela faisait cinq ans qu’on m’en avait sortie. Cela me semblait pourtant être la veille, ou au mieux, l’avant-veille. Le temps était terriblement éphémère. Mais la question n’était pas là. Ce garçon avait des problèmes dans mes cours parce qu’il avait vu quelque chose en moi. Il s’était rendu compte que je n’étais pas vraiment avec eux. Devais-je lui raconter mon histoire ? Non. Enfin, pas dans les détails. Mais même ça me demandait un courage monstre. J’étais capable de le faire habituellement, mais pas en cette période où mes cauchemars étaient présents au point de me faire halluciner.

Il me fallut plusieurs minutes avant que je lâche ma mèche de cheveux qui retomba sur mon épaule et que je regarde mon élève. Mon regard était sérieux et triste à la fois alors que j’avais perdu toute trace de sourire. Ma voix, quand je parlais, se voulait neutre mais il y résidait des traces de peur et de tristesse que je ne pus cacher alors que je m’efforçais de répondre à ce qu’il me disait :

- Ce que tu me dis ne m’étonne pas du tout. Je ne m’en étais pas rendu compte, mais maintenant que tu m’en parles, tu es dans le vrai. Et la cause de tout ça est que j’ai vécu une enfance très particulière. Enfin… jusqu’à il y a cinq ans, je n’étais pas comme toutes ces personnes que tu as pu rencontrer à l’école ou dans la rue. Pour moi, être comme les autres demande beaucoup d’efforts à cause de ça.

Et en ce moment particulièrement ce fameux passé me pesait tant que faire face à des classes entières me demandait beaucoup de courage autant que je voulais m’occuper l’esprit en étant avec eux. Néanmoins, pour le moment, j’étais avec Hotaba-kun et je me devais de l’aider. Doucement, je poussai un doux soupire avant de sourire à nouveau de façon gênée et gentille à fois alors que je lui demandais :

- Je suppose que cette explication ne te suffit pas, n’est-ce pas ?

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Aki Hotaba
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Jeu 6 Déc - 23:15




L’autre monde du silence

Alors que dans un premier temps, Mademoiselle Okamoto s’affichait souriante, même si sa nervosité naturelle n’échapait pas à son élève, l’ambiance changea rapidement une fois que le lycéen avait expliqué du mieux qu’il avait pu le fond du problème. Elle qui, de manière enfantine, triturait nerveusement une mèche de ses cheveux fins, venait de devenir plus sombre. Ses mains venaient de se poser, et son visage avait changé. Le sourire avait fondu, les yeux inquiets, mais rieurs, s’étaient changés en deux puits de tristesse infinie, et même, peut-être d'angoisse. Rien qui ne mit Aki très à l’aise. Qu’est-ce qui avait bien pu la mettre dans cet état ? Selon Aki, ce qu’il avait devant lui était certainement le vrai visage de son professeur. Ou du moins, ce qui s’en rapprochait le plus. Car l’élève voyait bien que malgré ce changement, elle tentait encore de faire bonne figure, de se contenir. Et puis elle parla. C’était étonnant la façon dont elle parlait, si franchement, d’un ton neutre et rapide, comme pour masquer une sorte de crainte, une trouille viscérale et invisible. Aki fut frappé par sa façon de s’exprimer. “Pas comme tout le monde”, qu’est-ce qu’elle entendait par là ? Aki prenait quelques secondes pour “digérer” ce qu’il venait d’entendre, pour tenter de comprendre au-delà des mots. S’il prenait les premiers mots pour argent comptant, c’était troublant. Etait-elle en train de lui dire qu’elle était sortit… d’une cage ? Une véritable cage ? Avec des barreaux ? Ou bien parlait-elle à travers une métaphore. Une cage dorée peut-être. Oui, c’était sûrement ça.
Il allait se contenter de ces paroles, peut-être répondre quelque chose, mais il n’eut le temps de rien. Car dans un soupir, elle estimait qu’Aki ne se contenterait pas de ce discours imprécis. Elle avait un sourir désolé sur le visage, un sourire gentil, bienveillant qui aurait pu révolter Aki si elle avait été de sa famille ou une de ses proches. Une amie ou quelqu’un à laquelle il aurait tenu énormément. Elle n’avait pas à se sentir désolée de son état, de son passé apparemment difficile. Celui qui aurait dû être désolé, c’était lui. Lui qui avait mis le doigt sur un problème concernant la vie privée de cette femme. Lui qui la mettait mal à l’aise en abordant le sujet sans aucun filtre. Lui qui l’avait presque forcée à lui parler de ça. Alors pour la rassurer un peu, pour s’excuser implicitement à son tour, Aki se mit à sourire aussi.

“Non, ça ne me suffit pas. C’est vrai. Mais je suis prêt à m’en contenter. J’voudrais pas vous obliger à parler contre votre volonté. En plus, j’suis pas curieux de votre vie privée. J’crois que ce qui m’gêne, c’est de vous sentir… j’sais pas comment dire ça… Traumatisée ?”

Pour faire passer la pillule de ce mot sans doute trop fort, il émit un rire bref pour détendre l’atmosphère. Puis le silence revint quelques instants. Il la fixa quelques secondes, haussa une épaule et dit :

“ça veut rien dire “être comme tout le monde”. Personne n’est comme tout le monde. Y’en a plein qui se ressemblent, et pourtant ils sont pas comme tout le monde n’ont plus. Moi, j’suis pas comme tout le monde. ”

Il se mit à rire brièvement de nouveau :

”Tant mieux pour le monde en fait.”

Puis il reprit un visage sérieux. Pour ne pas la gêner davantage, il détourna le regard vers son devoir qu’il ramena vers lui en le faisant glisser sur la table.

”D’après ce que vous me dites, vous étiez encore bien dedans il n’y a pas si longtemps. Mais je suppose que le principal, c’est d’être tirée d’affaire.”

Cette femme devait avoir gardé un comportement qu’elle avait l’habitude d’avoir depuis son enfance. L’explication de sa non-conformité au reste des professeurs devait être là. Aki avait sa réponse. Cela l’aiderait-il à être attentif au cours désormais, ou bien continuerait-il à l’observer pour tenter de décrypter les signaux codés qu’elle émettait malgré elle ? Et puis comme à son habitude, Aki parla sans réfléchir à ce qu’il disait :

”De toute façon, même si vos gestes étaient un appel au secours, je suppose que ce n’est pas un p’tit merdeux de lycéen que vous attendriez comme sauveur, hein !”


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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Ven 7 Déc - 2:36





L'autre monde du silence
Date : 30/11/2018
Sujet : Rencontre avec Aki Hotaba, un élève à qui j'enseigne l'anglais


Sans piper mot, le jeune homme avait écouter mes paroles. Pour lui, cela devait être beaucoup trop énigmatique. Après tout, ce que je disais pouvait avoir plusieurs sens, que je l’ai voulu ou non et je ne savais pas vraiment comment lui révéler cela autrement, sans entrer dans les détails. Ah moins que je le fasse de manière détournée ? Il était un peu étrange qu’il n’ait pas fait le lien entre mon nom de famille et l’arrestation de mon père. Enfin, celui qui avait eu le rôle de père pendant des années avant que j’apprenne que j’étais la fille d’un autre. En tous les cas, le problème qui se posait était que le psychiatre m’avait fortement déconseillé de parler de mon passé pour que je puisse passer à autre chose. Essayer de tourner la page. Malheureusement, cedit passé était la source de mon comportement “décalé”, “étrange”. Comment l’expliquer si je ne pouvais en parler ? Je ne voulais rien cacher. Je souhaitais en parler. J’avais besoin qu’on m’écoute… et ce garçon semblait apte à le faire.

Ce dernier me rendit mon sourire, la tristesse en moins, et avoua que j’avais raison. Cela ne lui suffisait pas et cela me fit que plus réfléchir à une solution. Je me rendis alors compte que cette affaire n’ayant sans doute pas été étouffée, il était fort possible qu’elle ait fait la une des journaux. Il fallait donc qu’elle fasse des recherches. Surtout qu’il ne savait pas à quel point il avait raison en disant que j’étais traumatisée. Mon passé entier était sujet au traumatisme et je ne savais pas m’en défaire. Je ne me défis donc pas de mon sourire attristé en continuant à l’écouter dans le silence. Surtout qu’il enchaîna en m’apprenant que, comme personne n’était pareil, je ne pouvais pas l’être. Dans ce cas, que voulait donc dire le mot “normal” ? Pourquoi était-il si perturbé par mes gestes, ma tristesse et tout le reste ?

Je ne pouvais pas vraiment m’estimer heureuse de m’en être sortie. Cela parce que j’étais désespérément seule et que je ne pouvais pas avancer sans avoir l’impression qu’un poids immense me ralentissait dans ma progression. J’étais sortie pour faire face à des épreuves sans doute beaucoup trop dures pour moi sans aide. Cela alors que c’était “normal” pour le reste du monde. Vivre seul, gérer sa vie, vivre avec le poids de la solitude… Pouvais-je vraiment penser que j’étais sortie de mes tourments alors que je n’avais aucun sentiment d’apaisement dans cette vie que je menais ? Alors que j’avais tenté de mettre fin à mes jours ?

Finalement, le jeune homme termina en déclarant que, comme il était “un petit merdeux” il ne pouvait pas répondre à mes appels au secours. Ce à quoi je lui répondis avec un sourire que je voulais encourageant malgré la douleur qui ne cessait de m’assaillir depuis le début de cette conversation :

- Le lycéen que tu es est le seul, depuis que je suis arrivée ici, à avoir remarqué ma détresse. Je ne vois pas ce que tu veux dire par “petit merdeux”, mais sache que si c’est une manière de te rabaisser tu as bien plus de qualités que ça. La preuve en est que nous discutons de ça et que tu as raisons sur certains points, preuve que tu réfléchis par toi-même malgré le peu d’informations que je te donne.

Puis, me levant, comme déterminée, je me levai en lui demandant un instant. Puis, j’allai chercher dans la section de la presse pour aller chercher ce que je voulais. Me voyant faire, la bibliothécaire me demanda si j’avais besoin d’aide et, quand elle eut prit connaissance de ma requête, elle alla chercher l’objet de mes recherches. Un journal vieux de cinq ans, parut en angleterre. Du moins, il s’agissait d’un article trouvé sur internet et imprimé pour moi. Cela en main, je remerciai ma collègue et allai rejoindre mon élève, un sourire un peu plus apaisé sur les lèvres. Certes, j’avais toujours mal, mais la solution que j’avais trouvé semblait m’aider un peu à aller de l’avant. Je lui donnai alors la feuille A4 en lui expliquant :

- Nous allons allier étude de l’anglais, maintenant si tu veux bien. Il s’agit d’un article de presse qui date de plusieurs années et qui concerne l’histoire d’une famille qui a connu un tournant… tragique. Je vais t’aider à t’améliorer en anglais en t’aidant à traduire cet article. Est-ce que ça te convient ?

Sans doute ferait-il le lien avec moi pendant la traduction. Cela ne faisait aucun doute. Après tout, au milieu de la page, on pouvait voir une photo de mon père et, plus bas, en plus petit, une photo de moi un peu plus jeune. Cet article expliquait qu’on accusait Mr. Okamoto pour l’incarcération de sa fille dans un cage, dans son sous-sol, de l’avoir laissée pratiquement mourir de froid et de faim (expertise médicale) et pour le meurtre d’un jeune homme dont le corps fut retrouvé enterré dans son jardin. Il y avait des détails qui pouvaient expliquer mes traumatismes et mon naturel qui avait tant interpellé le jeune homme.

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Aki Hotaba
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Sam 8 Déc - 22:47




L’autre monde du silence

À la réponse de son professeur, Aki réalisa qu’il avait utilisé le terme de “petit merdeux” parce qu’il s’était mis à la place de la femme qu’il avait devant lui, et qu’il s’était imaginé que c’est ainsi qu’elle devait le voir. C’est vrai que c’était dévalorisant, et c’était très étrange de sa part. Lui-même en était étonné. Mais au moins, ces mots avaient interpellé Okamoto san et d’un coup, elle prenait un peu plus d’assurance. Tout en elle paraissait tourmenté, sauf lorsqu’elle parlait en tant que professeur. Dans ce laps de temps-là, quand elle s’adressait à un élève, c’était à peu près les seuls instants où elle faisait vraiment femme, et assumait son rôle de prof parfaitement. À croire qu’elle avait suivit un entrainement pour apprendre à parler en cachant sa personnalité. Dès qu’elle se taisait, ses regards tristes et fuyants étaient de retour.

*Son coaching a des failles.* constata Aki, persuadé que quelqu’un l’aidait à jouer un rôle dont le costume paraissait trop grand, trop lourd pour ce petit bout de femme fragile.

Mais les pensées du lycéens furent interrompues lorsque la jeune femme se leva. Aki la suivait du regard, car il ne comprenait pas ce qu’elle avait l’intention de faire. Si elle avait décidé de mettre un terme à leur conversation en quittant les lieux, elle n’en avait rien dit. En fait, elle ne fut pas absente longtemps. Lorsqu’elle revint vers lui, elle posa un article de journal sur la table, recouvrant le devoir qui s’y trouvait déjà. Tandis qu’elle se penchait dessus en inclinant le visage, expliquant ses intentions, Aki remarqua une cicatrice dans le cou de son professeur. Cela le détourna momentanément de la situation et il lui fallut quelques secondes pour répondre à la femme :

“Euh... oui oui, d’accord.”

Penchés tous les deux sur l’article en anglais, Aki tenta de se concentrer sur le texte, et seulement sur le texte. Mais à nouveau, le syndrôme Okamoto le bloquait et il ne parvenait pas à se focaliser dessus. Bizarre cette cicatrice, non ? Son regard se reporta un instant sur le cou du professeur. Mais il se fit violence et revint sur le texte qu’il commença à lire. Il était rédigé dans un anglais limpide et bien structuré. Aki avait même l’impression d’entendre l’accent british dans sa tête lorsqu’il le lisait. Au bout de la deuxième ou troisième phrase, il réalisa qu’il lisait un article de faits divers. Quelques mots lui échappaient, et il les pointait de l’index pour demander de l’aide qui ne tardait jamais à venir. Il avançait bien dans sa lecture lorsqu’à mi chemin, il y lut le nom d’Okamoto. Trop étrange pour qu’il s’agisse d’un homonyme. Alors il comprit soudainement ce qu’il était en train de lire dans ce canard. Ce drame sordide, de meurtre, de pègre, et de … séquestration, c’était...

“Attendez !” dit-il avec une petite pointe d’angoisse. “C’est quoi que je suis en train de lire exactement ?”

Il n’eut pas besoin d’attendre que le jeune femme ouvre la bouche, car rien qu’à ses yeux, il avait la confirmation. C’était bien ça.

“Il date de quand ce journal ?”


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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Dim 9 Déc - 23:46





L'autre monde du silence
Date : 30/11/2018
Sujet : Rencontre avec Aki Hotaba, un élève à qui j'enseigne l'anglais


Je ne sus ce qui avait tant dérouté le jeune homme, mais le principal fut qu’il accepta l’exercice et il se mit à lire le texte, me demandant de temps en temps de l’aide que je lui offrais sans me faire prier. De temps en temps, je le laissai réfléchir à la réponse en lui donnant d’autres exemples très proches pour qu’il puisse également réaliser certaines choses. Il m’avait été expliqué que, parfois, les informations restaient mieux quand on les cherchait nous-même. C’est pourquoi je tentais de faire de même avec mon élève qui semblait se prêter au jeu pour progresser. Ainsi, la lecture se fit calmement et progressivement jusqu’à ce qu’on arrive au milieu de l’article. Mais, pour moi, le plus impressionnant fut sans doute qu’il comprit assez rapidement le sujet qui venait de lui être imposé par mes soins puisqu’il se tourna assez rapidement en ma direction pour me demander ce qu’il était en train de lire.

Face à cette question, mon sourire et mon regard se firent brillants de tristesse malgré la joie que je ressentais au fond face aux compétences de mon élève. Il était très loin d’être mauvais. Au contraire, il pouvait être l’un des meilleurs s’il ne venait pas à être aussi intrigué par mes mimiques et mon passé. Il le savait. Il me l’avait dit. Et il venait de me le prouver. Peut-être même que, plus que de la joie, je ressentais une très grande fierté. Après tout, il m’avait parut troublé au début. Comme s’il avait du mal à se concentrer. Pourtant, il avait réussit à aller au-delà de ses problèmes de “blocage” et il était parvenu à un résultat plus que satisfaisant. Je le sus d’autant plus quand il me demanda quand était sortit l’article.

Je m’assis à nouveau sur ma chaise, reposant mes mains sur mes genoux. Quoique l’une d’elle vint atteindre mon menton quand je réfléchis à la question jusqu’à ce que je lui réponde sans détour :

- L’article est sortit quand j’étais à l’hôpital, au Japon. En Angleterre peut-être un peu plus tard. En tous les cas, c’était entre fin 2013 et début 2014, donc ça fait environ cinq ans maintenant.

Je le laissai digérer l’information avant de reprendre sur un ton qui se voulait explicatif, un peu comme si je racontais un cours. Pour cela, je m’étais levé et m’étais dirigée vers le fenêtre à côté de laquelle nous étions pour regarder un peu à l’extérieur :

- Le jeune homme que le chef de ma famille a tué était mon ami. Avec d’autres, il était venu pour me délivrer car ils savaient que j’avais peur de me faire enlever, que c’était une possibilité. Quelqu’un a dû le leur confirmer. Mais quand il nous a surpris à l’entrée de la maison, il a tenté de me tuer et mon ami s’est interposé.

Je pris une grande inspiration tandis que mes bras étaient désormais croisés sous ma poitrine. Je revoyais la scène mais cherchais tout de même à rétablir la vérité pour cet élève, pour qu’il n’ait plus à se poser de questions en me regardant, pour qu’en cours il puisse se concentrer sur ce qu’il fait. Voilà pourquoi je repris sans pleurer, très calme mais transit de chagrin :

- Il est mort sous mes yeux et les autres sont partis. Je pense qu’ils étaient morts de peur à l’idée de mourir ou qu’ils n’ont pas eu d’autres occasions pour venir me chercher. En tous les cas, après cet évènement, je suis restée cinq ans dans cette cage avec l’envie de mourir. Je n’en pouvais plus : en plus de ces cinq années, je crois que je suis restée enfermée… pas moins de dix ans.

A nouveau silencieuse, j’attendis que mon élève digère les informations que je venais de lui donner et, possiblement, me demande des précisions. Je ne savais pas à quel point que je pouvais lui répondre, mais je restais persuadé que c’était pour son bien, peu importe à quel point ça me “blessait” désormais. C’était la vérité, aussi traumatisante soit-elle et il ne fallait pas que je la fuis même si je me sentais mal, même si j’en faisais de multiples cauchemars et hallucinations. Me voiler la face ne ferait que repousser le problème. La discussion que j’avais avec Hotaba-kun en était la preuve.

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Aki Hotaba
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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Mer 12 Déc - 15:05




L’autre monde du silence

*Cinq ans...* songeait Aki. C’était plutôt récent. Surtout pour un tel traumatisme. Une telle violence… Il en fallait du temps pour guérir ce genre de blessure. Peut-être même que tout une vie ne serait pas suffisant. Alors Cinq ans… Autant dire que c’était hier.

La prof d’anglais apporta quelques explications supplémentaires qui ne figuraient pas dans l’article. Des détails plutôt sordides, et d’une tristesse ahurissante. Ainsi, son propre père avait souhaité la tuer. Elle avait échappé à la mort par miracle, mais son ami, à qui elle devait la vie, avait pris cher à sa place. Aki tentait de se mettre à la place de la jeune femme. Il osait à peine imaginer la douleur qu’elle pouvait ressentir. Tout d’abord, les parents ne sont pas faits pour nuir à leurs enfants. Mais le pire pour elle était très probablement d’avoir perdu quelqu’un de cher à son coeur, quelqu’un qui lui donnait de l’importance, de l’amitié, elle qui n’avait rien d’autre à quoi se raccrocher. Si Aki avait été dans cette situation, il aurait préféré mourir sous le coup de feu, plutôt que de voir périr quelqu’un qu’il chérissait. Il comprenait le geste héroïque de ce défunt ami, et se doutait de la violente douleur qui rongeait l’âme de cette jeune femme.

Les yeux brillants, elle continuait à lui expliquer ce qu’elle avait vécu. C’était à la limite du supportable Aki encaissait en silence, consterné par ce passé traumatique hors du commun. Il avait lu et compris l’article dans son intégralité, avait entendu des détails supplémentaires, et restait silencieux pendant un certain temps. il était secoué par ces révélations, mais pire encore, il se sentait coupable de sa connerie. Dire qu’il était venu lui parler d’un “problème” qu’il rencontrait en cours d’anglais. Et que c’était à cause de son putain de misérable petit “problème” qu’elle avait dû déballer sa vie, ses démons.

“Je suis… désolé. Si j’avais su...”

Ouais. S’il avait su, il aurait juste bien fermé sa gueule et aurait su résoudre son problème tout seul, avec le temps. Mais là, sachant tout cela, en serait-il capable ? Pour l’heure, il lui était déjà difficile d’imaginer retourner en cours normalement, et faire comme s’il ne savait rien. Comment pourrait-il faire, lui qui n’arrivait plus à la regarder dans les yeux à ce moment précis ?

Jamais Aki ne s’était senti aussi coupable. Même lorsqu’il était petit, et qu’il avait remplacé l'intégralité d’une bouteille de vin que sa mère comptait offrir à son grand-père par de la sauce soja salée. À force de lui répéter qu’il ne fallait pas abuser du vin pour rester en bonne santé, mais que le soja aidait à lutter contre le cholestérol et améliorait la circulation sanguine, il avait cru bien faire. En voyant son grand-père recracher vivement la sauce brune, grimaçant comme un mérou, il s’était senti con. Mais rien à voir avec la situation d’aujourd’hui. Qu’est-ce qu’il avait eu besoin de se mêler de ça ? Il la faisait souffrir, et maintenant, c’était niqué pour repartir sur de bonnes bases en anglais.

*T’es vraiment le roi des cons Hotaba !*

Il repoussa lentement l’article sur la table et reprit son devoir. Il se leva et s’inclina comme un bon japonais devant son professeur.

“Je vous présente toutes mes excuses… Mademoiselle.”

Se redressant, droit comme un i, il s’obligea à la regarder dans les yeux.

“Je ne peux pas revenir en arrière et vous éviter ce grand déballage intime. Mais si je peux faire quoi que ce soit pour me faire pardonner, je le ferai sans hésiter.”

C'était du Aki tout craché. On fait des choses sans réfléchir, on blesse par inadvertance, et après on tente de se montrer chevaleresque pour se sentir moins coupable... Quoiqu'il en soit, il ne pouvait rien faire d'autre. Il n'y avait plus qu'a esperer qu'il pourrait se racheter.


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MessageSujet: Re: L'autre monde du silence (Feat. Miko)   Aujourd'hui à 0:32





L'autre monde du silence
Date : 30/11/2018
Sujet : Rencontre avec Aki Hotaba, un élève à qui j'enseigne l'anglais


Le silence suivit mon récit. A vrai dire, je ne m'attendais pas vraiment à autre chose. Peut-être des contestations, mais sans avoir la certitude qu’il était ce genre de personne. Je ne le connaissais pas assez pour deviner sa façon de penser. Alors prévoir ses réactions relevait de l’impossible. Voilà pourquoi le silence ne m’étonna pas vraiment. Pas plus que ses excuses qui me firent plaisir. C’était une bonne personne, empathique et pleine de bonnes intentions. Je le sentais puisqu'il n'avait pas eu celle de me faire du mal à travers ce que je lui avais dit. Je lui souris donc et le regardai pour lui répondre avec douceur, légèrement moins triste grâce à sa sollicitude :

-Ne t’en fais pas, ce n'est pas grave : tu ne pouvais pas savoir.

Non, pas s’il ne suivait pas les actualités. Cela avait beaucoup fait jaser à cause de la position de celui censé être mon père. Ou au moins mon beau-père. Mais je n'avais pas été citée tant que ça et on pouvait légitimement penser que mon nom de famille pouvait être courant. Sans compter qu'on m’avait déjà prévenue que “les jeunes” ne s’intéressaient pas forcément à ce qu’il se passait dans le monde. En prenant tous ces éléments en compte, je pouvais me douter qu’il n'avait pas forcément entendu parler de ma situation ou celle de ma famille. Qu’il ne pouvait pas savoir. Je pouvais donc le pardonner et au moins essayer de le rassurer un peu sur ma condition. Certes, j'allais mal. Mais je n’étais plus aux portes de la mort comme j’avais pu l’être. Je pouvais vivre au moins un peu contrairement à quelques années auparavant. Oui, je pouvais vivre…

Malgré ce que je lui avais dit, l’élève se leva et vint devant moi pour s’excuser en s’inclinant. Puis, il se releva alors que j’étais totalement muette de stupeur. Jamais encore on ne s’était excusé de la sorte auprès de moi et je ne m’étais clairement pas attendue à ce qu’il le fasse. De ce fait, je ne sus que lui répondre de plus alors que je venais de lui dire que ce n’était pas grave. Certes, j’avais mal, mais même s’il ne s’en était pas mêlé j’aurais été dans un sale état. Alors, pourquoi allais-je lui en vouloir d’avoir satisfait sa curiosité. Cette dernière le nuisait plus qu’autre chose en plus, alors en quoi pouvais-je lui en vouloir ? Je ne le pouvais pas. Non. Si j’en voulais à quelqu’un, c’était au meurtrier de mon ami. Seulement lui. Néanmoins, je l’écoutai jusqu’au bout me dire ce qu’il avait à me dire pour pouvoir lui répondre.

- Je te remercie, Hotaba-kun. Mais saches que, vraiment, je ne t’en veux pas du tout de m’en avoir parlé, de ton soucis. Au contraire, je t’en remercie puisque ça m’a permit de mieux comprendre la baisse de tes notes et pouvoir t’aider. A mes yeux, c’est le plus important car c’est ton avenir qui se joue.

Personnellement, mon avenir était en train de se jouer : je n’en avais pas vraiment. Je n’étais pas vraiment allé à l’école. Pas assez pour me permettre de faire le métier que je souhaitais à la base. Donc j’aidais les étudiants. J’aidais les autres. C’était mon seul but dans la vie, pour que personne ne vive ma solitude. Ma peine. Le fait que je n’avais personne vers qui me tourner, je souhaitais que personne ne le vive un jour quitte à me plier en quatre pour cette personne. Le fait de l’avoir fait pour ce jeune homme m’aidait, d’une certaine façon. Mais qu’il me propose de venir le voir en cas de soucis me mettait dans une position étrange. Je ne savais pas vraiment que faire : accepter ou lui expliquer que c’était mon rôle ? Je n’osais rien faire de plus que le remercier. Il était le premier à s’être intéressé à moi et me proposer son épaule. Malheureusement, je ne pouvais pas lui imposer mes maux. J’avais envie d’accepter. Terriblement envie. Mais je ne pouvais pas… Voilà pourquoi, sans rien ajouter, je lui souriais d’un air que je voulais plein de gratitude et de confiance. Confiance… que je ne possédais pas.

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