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 Même au bout du monde [Chun-Hei]

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Naomi Lawford
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MessageSujet: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Mer 31 Mai - 1:53


23 Avril
2017
Même au bout du monde

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Jusque là, il m'est arrivé pas mal de choses positives au Japon. Si on oublie le premier jour et ma valise qui avait décidé de faire des siennes, je pourrais même dire que c'est un très bon séjour. Ma maladie bizarre est passée en une journée et demi et je suis plus ou moins en forme. Non, même juste en forme. J'arrive à marcher sur mes deux jambes et mon cœur a l'air décidé à rester doux comme un agneau. Donc c'est le moment de faire un tour en ville. J'ai bien envie de retourner traîner du côté où je m'étais perdue. je sais, ça fait un peu maso comme ça, mais en fait c'était une assez bonne journée : j'ai eu une gaufre, rencontré quelqu'un de sympa, et évité une sortie scolaire qui était apparemment assez chiante. Et puis maintenant je connais le coin, donc c'est pas comme si j'allais me perdre encore une fois pour retrouver le chemin du lycée.

Comment on appelle ça ? Le syndrome qui dit que quand tout se passe bien, il y a forcément un truc qui vient tout gâcher. Je sais même pas si ça a un nom mais, si c'est pas le cas, quelqu'un devrait songer à l'appeler "Syndrome de Naomi Lawford". Parce qu'il me colle quand même bien à la peau.
En gros, j'étais tranquillement en train de me promener quand j'ai entendu des gars m'appeler - enfin je crois que c'était moi qu'ils appelaient, vu que j'étais à peu près seule dans le coin. Comme je parle mal japonais et que de toute façon ce type de gars on en trouve dans tous les pays - le genre que j'évite - je ne leur ai juste pas répondu. Ils ont dû penser que je ne comprenais pas ce qu'ils voulaient, j'imagine, parce qu'ils ont essayé de me parler en anglais.
Un anglais qui dégomme méchamment les oreilles soit dit en passant.

C'est si difficile de voir que je n'ai pas envie de leur répondre ? Visiblement oui. Et j'aurais considéré ça comme une nuisance sans importance si je n'avais pas entendu qu'ils se mettaient à marcher.
Derrière moi.
Je la sens mal. Un petit regard par-dessus mon épaule.
Ils sont vraiment en train de me suivre, ces connards. Ok. Réfléchis. Réagir en situation de stress. On m'a appris ça. On m'a... Calme. Ils sont deux. J'ai pas eu le temps d'étudier leur corpulence mais je sais comment me dégager s'ils essayent de m'attraper. Je suis pas sûre que pouvoir les mettre à terre pour m'enfuir, par contre.

Je connais pas assez bien le quartier pour savoir où aller. Où est-ce qu'il y a du monde ? Dans le parc ? Non, mauvaise idée, c'est souvent considéré comme un endroit dangereux dans les animes. Un endroit... avec du m...
Il m'a chopé les poignets.
Réflexe. Tirer sur les bras, frapper son torse avec mon dos dans le mouvement de recul.
Ouais, j'ai des réflexes, mais même avec ça, contre deux types pareils, je suis pas sûre de m'en sortir. Je me sentais en sécurité ici alors j'ai pas pris mon cher spray au poivre, évidemment. Peut-être que si je frappe assez fort le premier, le deuxième aura peur ?..
©️ Naomi
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Dernière édition par Naomi Lawford le Ven 15 Déc - 13:59, édité 1 fois
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Chun-Hei Cheong
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Mer 13 Déc - 20:35

Depuis cet incident avec Tsuno-san, cette idée ne m'avait pas vraiment quitté. Elle s'était glissée subtilement dans ma tête sans que je la vois venir. Et maintenant, j'avais l'impression d'être hantée, poursuivie par cette pensée.

Quand elle m'avait entrainée à fuir le cours de sport et que nous avions, de ce fait, bravées l'autorité, je m'étais sentie bien. Et les fois ou je me sentais bien étaient si rares que cela m'avait marqué. Peut-être avais-je besoin de ça, de cette adrénaline que l'on ressent quand on brave un interdit, qu'on sort de la norme et qu'on devient une délinquante ?

Après beaucoup de doute, j'avais finis par céder à une impulsion et j'étais sortie seule dans les rues de la ville. C'était une chose que je ne faisais normalement jamais. Quand je sortais, j'étais toujours accompagnée et j'avais un but précis. Mais là, c'était différent. Je voulais juste sortir pour déambuler dans les rues, "traîner" et "zoner".

Et l'expérience fut alors aussi étrange qu'excitante. En effet, c'est une chose de se déplacer dans un environnement en se rendant d'un point A à un point B. S'en est une autre de marcher le nez en l'air, l'oreille aux aguets, les sens en éveils avec sa curiosité comme seule guide.

Je connaissais mal cette ville. Après tout, je n'étais pas arrivée depuis longtemps et je n'étais guère sortie jusqu'à maintenant. Mais je profitai d'un excellent sens de l'orientation. Ce dernier était d'ailleurs un peu étrange car il ne me permettait pas de me retrouver sur une carte. Par contre, il me permettait de rebrousser chemin très facilement.

Ainsi, même si je pouvais me perdre. J'avais toujours la mémoire du chemin emprunté et je savais que je pouvais compter sur lui pour me ramener à mon point de départ. C'était très pratique car cela pouvait me permettre de gouter à l'excitation d'être perdu sans craindre de ne jamais réellement retrouver mon chemin.

Et je déambulai donc dans les rues de la cité japonaise. Quittant les rares artères principales, je m'enfonçais rapidement dans les rues étroites. Ces dernières étaient vraiment nombreuses à Nara et elles donnaient sur des séries de maisons extrêmement hétéroclites.

Bien vite, je perdis notion de la distance parcourue et j'eus l'impression d'être tombée dans un labyrinthe de ruelles semblant donner sur une suite interrompue de maisons individuelles. Mes pensées s'étaient perdues au regard de ces dernières. Quelles familles y vivaient? Est-ce que les parents aimaient leurs enfants? Étaient-ils tous heureux? Plus heureux que moi ?

Tout ceci me semblait si étranger, si loin de tout ce que j'avais connu, qu'est-ce que cela pouvait faire de vivre dans de tels maisons avec toute sa petite famille ? Étais-ce si merveilleux que cela? Est-ce qu'ils auraient aimés être plus riches? Est-ce qu'ils auraient dû être plus pauvres ?

Passant devant une maison, je croisais le chemin d'une vieille femme. Cette dernière étaient en train de nettoyer des pommes de terres. Levant son regard vers moi, elle parue me juger en silence. Que pouvait faire une fille à déambuler ainsi sans but apparent dans son quartier?

Sans doute me prenait-elle pour un voyou ou pire. Mais, à mon grand étonnement, au lieu de ressentir une honte quelconque, un sourire naquit sur mon visage. J'étais amusée, voir même excitée qu'elle puisse ainsi penser à moi. D'une certaine façon, ce regard m'allait tellement mieux que les autres. Perçue ainsi, je me sentais enfin à ma place.

Puis la nature se fit plus présente, les arbres étaient plus hauts, les buissons plus denses et les maisons plus éparses. J'arrivai alors dans une ruelle séparant un parking du parc et je me disais qu'arrivant sans doute à la fin du réseau urbain, j'allais devoir commencer à prendre le chemin du retour.

Mais une scène se déroulant à l'intersection avec la grande route attira mon regard. Et il ne me fallu pas plus d'un instant pour comprendre de quoi il en retournait. C'était une agression qui venait de commencer. Forcément, ils avaient choisis leur moment et le lieu. Il n'y avait personne aux alentours.

Personne, sauf moi... J'étais heureuse d'avoir choisie une tenue plutôt urbaine et pratique pour me promener. Cela allait rendre les choses plus faciles. (cf avatar) Me rappelant alors la colère que j'avais ressentie quelques jours plus tôt sur le toit du lycée, lors de mon entrainement, j'eus un sourire mauvais. L'excitation gagna mon corps alors que je m'élançai à grand pas dans leur direction.

L'un d'entre eux, le moins proche de la victime, m'entendit venir et se tourna vers moi. Mais cela ne devait que faciliter mon travail.

Surpris par ma présence et ma vélocité, il n'eut pas l'occasion de protéger son visage quand ma jambe, décrivant un arc de cercle, vint le frapper au niveau de la tempe et le projeter contre le grillage séparant la rue du parking.

Le second, témoin du spectacle voulu profiter de l'instant pour relâcher sa victime d'un geste sec et me saisir avec ses bras. Mais je fus trop rapide pour lui et j'eus le temps, profitant du mouvement tournoyant de ma jambe de me retourner pour lui lâcher un crochet au ventre.

Commençant par du karaté, je suivais avec du krav-maga. Mon style n'avait rien d'académique et ne ressemblait pas à ce que je faisais durant mes entrainements. Ici, j'usais simplement de toutes les techniques que l'on m'avait apprise, inculquée depuis le plus jeune âge, alors que je venais tout juste d'apprendre à marcher.

Ainsi, je ne faisais pas dans la dentelle. Surtout que ces hommes, je voulais vraiment leur faire mal pour ce qu'ils venaient de tenter, je voulais les voir souffrir et sentir leurs sangs sur mes mains. Profitant de sa réaction au choc de mon poing, j'enchainai avec un coup à l'entrejambe puis trois crochets consécutifs au visage.

Le sentant titubant sous mes frappes, je décidai qu'un coup de pied de face suffirait à le faire disparaitre dans les buissons du parc. J'avais raison.

C'est alors que j'entendis une exclamation. Tournant le haut de mon corps, je pus voir juste à temps le bras armé d'un couteau levé et mon autre adversaire fonçant vers moi. Me pliant, je saisis de son bras et tout en passant sous lui, accompagna son mouvement vers l'avant pour ensuite le soulever avec mes jambes et le faire basculer à la suite de l'autre, dans les taillis.

Cette arme m'avait surprise et j'avais ressentis une véritable dose d'adrénaline courir dans mon corps. Pourtant, j'aspirai à poursuivre encore l'affrontement. Je les entendais encore bouger et se débattre dans les buissons et j'attendais avec impatiente de les voir en sortir. J'étais loin d'en avoir finie avec eux.

Mais quand ces derniers trouvèrent la sortie, ils prirent leurs jambes à leurs cous et se mirent à fuir. Tout d'abord surprise, cela me mit hors de moi. J'allais m'élancer à leur poursuite mais...
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Naomi Lawford
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Sam 16 Déc - 13:57


23 Avril
2017
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Chun-Hei Cheong

J'ai réussi à déstabiliser un moment le gars qui me retenait les bras et à me mettre en posture plus défensive, mais je sais que ma garde n'est pas parfaite. En un an, je n'ai pas appris assez de choses pour venir à bout de deux gars plus forts que moi sans aide. Enfin si, je connais quelques techniques mais je crois que mon cerveau a décidé de se vider : impossible de m'en rappeler. Il y avait quelque chose comme pousser un des deux sur l'autre après avoir bloqué un coup de poing. Oui... sauf qu'ils n'essayent pas de me frapper et qu'ils sont un tantinet moins imprudents maintenant qu'ils ont vu que je savais frapper. J'aurais dû continuer à avoir l'air inoffensive, au moins assez longtemps pour en mettre un à terre.
Ouais, sauf qu'on ne contrôle pas ses réflexes, c'est même le principe. On me chope, je me dégage.

Le gars que j'ai désarçonné a fini par reprendre appui sur ses jambes correctement – "le déséquilibre ne dure jamais longtemps" – mais c'est de l'autre que je me méfie. Ça fait déjà trois fois qu'il tente un mouvement dans ma direction. Il parvient à me choper le bras au moment où son pote, soudain tendu, se retourne brusquement.
J'ai perçu son mouvement avant de voir ce qui l'avait provoqué, profité de la surprise de celui qui me retenait pour me reculer d'un coup, mais sa poigne sur mon bras est plus solide que celle que l'autre avait appliquée sur mes poignets.

Jusqu'à ce que son pote s'écroule avec un high-kick en plein visage. J'ai un flash, soudain. J'ai fait la même chose il y a peu de temps dans les rues de Londres – bon, sauf que j'ai frappé le seul innocent de l'histoire, ce jour-là, et que j'ai touché son nez plus que sa tempe. Et qu'il m'a aidée ensuite à me débarrasser des deux autres pour sauver leur pauvre victime.
Aujourd'hui, la victime c'est moi. C'est frustrant. Mais au moins mes bras sont libres.

Je songeais sincèrement à l'aider mais vu comme elle enchaîna les coups – oui, passé la brume de la panique, j'avais pris assez de temps pour quand même constater que ma sauveuse était une jeune fille, sûrement plus jeune que moi – je pense que je n'aurais fait que la gêner. Et de toute façon, le premier gars a fini dans le buisson avant que j'ai eu le temps de réagir.

Non, ma seule aide a sûrement été de crier un avertissement quand le type encore debout a sorti un couteau – raison de plus pour avoir la certitude que je ne m'en serai pas sortie seule, ou pas indemne. Je ne sais pas si mon cri a eu pour effet de lui sauver la mise ou si elle l'avait remarqué avant que je ne lui signale, mais le gars armé n'a pas tardé à rejoindre son pote dans les buissons. Neutralisés, tous les deux, en quelques minutes à peine. Peut-être même moins. Je sais me défendre, elle sait se battre. La différence est là, c'est pour ça qu'elle n'a eu aucune hésitation avant de venir leur taper dessus, là où quand je m'étais retrouvée dans sa situation, j'avais eu un moment de regret. Je préfère quand même son rôle au mien : quand on sauve quelqu'un, on a moins l'impression d'être un boulet. Même si ça aurait pu être pire, j'aurais pu m'accrocher à son bras dans la panique – bon elle est trop loin de moi pour ça mais vous avez saisi l'idée – ou rester tétanisée et me prendre un contrecoup. Mais non, moi je sais comment m'écarter d'un combat pour ne pas gêner quelqu'un qui vient gentiment m'aider.

- Merci.

C'est à peine un souffle, le temps de me remettre du choc, pendant qu'elle fixe les taillis agités dans tous les sens. La dernière fois que quelqu'un m'a attrapée comme ça dans la rue, c'était pour...
Non, ne pas y penser. Il n'a réussi rien d'autre que de se prendre du poivre dans les yeux, de toute façon, donc ça ne vaut pas d'en faire un traumatisme. Mais quand même, le souvenir est revenu à la surface suffisamment longtemps pour que des films terrifiants défilent dans ma tête.

Ça y est, ils finissent par sortir de leur poste d'atterrissage improvisé, et involontaire. Je ne sais pas ce qui a motivé mon geste, mais quand j'ai vu les muscles de la jeune fille se tendre comme si elle allait les poursuivre à travers les rues de la ville pour leur briser les deux jambes – sûrement en partie ce qu'elle avait en tête – je l'ai attrapée par le bras. Pas assez fort pour qu'elle se sente menacée, je ne tiens pas à me prendre le prochain coup, mais avec une légère pression pour que son attention soit un instant détournée de son combat.

- Ça ne vaut pas le coup. Si tu les poursuis, tu pourrais avoir des problèmes.

Je ne sais pas comment fonctionne la loi au Japon, mais chez moi, la différence entre la défense et l'attaque se situe au moment où on continue de frapper quelqu'un qui a déjà été neutralisé et qui n'est plus dangereux. Je ne me suis même pas demandé si elle parlait anglais avant, mais maintenant, j'essaye maladroitement de répéter ma phrase en japonais, ou quelque chose d'approchant. Pas gagné, j'ai déjà du mal à former des phrases construites, avec la panique en plus j'ai l'impression d'être un enfant de trois ans qui essaye de s'exprimer.
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Chun-Hei Cheong
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Mer 20 Déc - 21:03

On me retint et instinctivement, je faillis me retourner vers la personne qui avait posée la main sur moi pour lui péter le nez mais mon entrainement me retint. Au lieu de cela, je tournais juste mon visage vers elle et la dardait d'un regard aussi sauvage que flamboyant.

- Ça ne vaut pas le coup. Si tu les poursuis, tu pourrais avoir des problèmes.

Avoir des problèmes ? Elle parlait anglais. Mais j'avais tellement parlé cette langue par le passé que je ne m'en rendis tout d'abord pas compte immédiatement et je répondis en japonais.

- C'est peut-être ce que...

Puis je me repris en me pinçant les lèvres, soufflant du nez comme pour faire redescendre la pression. Qu'est-ce que j'allais dire à cette inconnue ? Je n'étais décidément pas dans mon état normal, si ? Pourtant, à cet instant, j'eus un sourire. Je m'étais bien amusée et j'aspirai à plus d'excitation, plus de risque, plus de danger. Oui, les problèmes, c'était peut être ce que je voulais.

Honteuse de mon sourire et de ma pensée, je détournai la tête de l'inconnue pour regarder par ou les hommes avaient fuient. Je devais me calmer. L'incident était maintenant terminé et ces individus n'avaient malheureusement pas offert un exutoire satisfaisant à ma colère.

- Ça ne leur aurait pourtant pas fait de mal d'être les chassés pour une fois...

Pour une asiatique de mon âge, je parlai un anglais excellent. Après tout, une Shiawase se devait de parler la langue internationale aussi bien qu'un natif et j'avais été entrainée à ce but dès le plus jeune âge. A l'académie, je le cachai pour éviter les questions et je mimais un niveau moyen. Mais ici, alors que j'étais encore énervée, je n'y pensais plus.

Ces individus étaient des prédateurs et il était certain qu'ils retenteraient leur chance un jour si personne ne leur réglait leur compte. Mais il y avait autre chose qui me poussait à dire ça. L'excitation d'être moi-même un élément de peur. Être une prédatrice, c'était peut-être ça qu'il me fallait dans la vie.

M'imaginer leur tombant dessus pour leurs briser les doigts un à un m'inspirait un plaisir certain. Mais maintenant qu'ils étaient partis, il n'en était plus question. Mes épaules s'affaissant, je glissais mes mains dans mes poches et faisais de nouveau face à l'étrangère.

- Es-tu perdue? Veux-tu que je te ramène au centre-ville ?

Être si désinvolte ne me ressemblait vraiment pas. Décidément, que m'était-il arrivé lorsque j'avais franchis le seuil de l'académie pour aller "zoner" ? M'étais-je métamorphosée ?
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Naomi Lawford
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Mar 26 Déc - 11:00


23 Avril
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Chun-Hei Cheong

Je dois admettre que j'ai eu peur que l'adrénaline soit suffisante pour qu'elle me colle un coup par réflexe, mais elle a l'air de maîtriser, même si elle a un éclat un peu perturbant dans le regard. On dirait qu'elle est en transe, ou quelque chose comme ça. Ça doit être le temps que l'excès d'énergie redescende, j’avoue que je ne me suis jamais regardée dans un miroir dans ces moments-là. Enfin là, elle a quand même l'air de s'être bien éclatée à coller une raclée à ces trois types. On va faire le point une seconde. Elle n'a pas l'air dangereuse – relativement pas si on considère ses capacités – mais elle a par contre l'air presque en manque d'action, comme dans les films où le personnage principal finit par se lancer dans une aventure sans aucun sens juste pour un soupçon d'adrénaline. Là c'est à peu près la même chose. C'est son problème, tant qu'elle ne m'entraîne pas avec elle dans son aventure.
Quoique d'un certain point de vue ça pourrait être amusant.

- Ça ne leur aurait pourtant pas fait de mal d'être les chassés pour une fois...

Je souris légèrement en essayant d'ignorer la lueur prédatrice dans ses yeux. Oui, j'ai bien l'impression que sans moi elle serait vraiment parti à leur poursuite pour leur briser les deux jambes. J'espère juste que ça ne va pas déclencher une frustration qui se retournerait contre moi.

- Je pense qu'ils s'en souviendront longtemps. C'est le genre de mecs qui se sent encore plus humilié à l'idée d'avoir été battu par une fille.

J'en avais eu quelques uns dans mon cours d'auto-défense, ils avaient grincé des dents quand ils avaient vu le nombre de filles qui seraient capables de leur rendre des coups.
C'est seulement maintenant que je réalise qu'elle parle extrêmement bien anglais – c'est tellement rare ici que j'aurais dû le remarquer avant, mais je n'avais pas fait gaffe, encore trop prise par le stress. Je me demande où elle a appris. Pour être honnête, j'ai suivi les cours d'anglais dans leur école, c'est pas avec ça qu'on atteint un niveau pareil.

- Es-tu perdue ? Veux-tu que je te ramène au centre-ville ?
- Perdue ? Maintenant que j'y pense...

C'est vrai que j'ai tourné dans tout un tas de directions sans réfléchir pour essayer de leur échapper. Je jette un œil autour de moi et je me rends à l'évidence très rapidement : je n'ai effectivement pas la moindre idée d'où je suis. Ça n'a pas l'air d'être le meilleur quartier de la ville, en plus, je devrais peut-être profiter de l'offre d'avoir un garde du corps.

- Je veux bien... J'ai marché dans tous les sens pour qu'ils arrêtent de me suivre et je n'ai pas fait attention au chemin que je prenais.

C'était peut-être pas la meilleure information à donner étant donné qu'elle voulait déjà leur courir après il y a quelques minutes, mais bon, j'ai un peu trop d'orgueil pour laisser penser que je me suis perdue simplement parce que je flânais.
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Mar 26 Déc - 20:18

- Perdue ? Maintenant que j'y pense...

L'adrénaline quittant peu à peu mon système sanguin, je pouvais consacrer de plus en plus mon esprit à l'analyse. Et cela me permit enfin d'être émue par la beauté de l'étrangère. Elle avait tout d'un canon de beauté européen vue par un japonais. Féminine, avec des formes généreuses aux yeux d'un asiatique. Des cheveux longs et blond et des yeux d'un émeraude exotique qui invitaient aux fantasmes les plus extravagants.

Nul doute que les gars qui avaient voulus l'aborder avaient dû été excité à sa vue. Pour autant, il n'était pas question de justifier là un comportement inadmissible qui me révoltait rien qu'en pensé. Mais, du coup, je me sentis mal et fus troublée car je ressentis en moi une émotion qui suggérait que je n'étais pas, moi-même, indifférente à son charme.

Cela arrivait décidément trop souvent ces derniers temps. Et je commençais sérieusement à me questionner sur ma sexualité. Elle était, précédemment, inexistante. Mais depuis que je vivais dans un environnement moins dangereux, j'avais commencé à ressentir d'étranges choses pour mes camarades féminines. Etais-je lesbienne ?

Aucun membre du sexe masculin ne m'avait tant ému et, en vérité, je craignais toujours leur présence et contact. Si c'était le cas, que devais-je faire? Mon père me tuerait sûrement. Ça serait une honte pour ma famille. Pourtant, l'idée d'enfouir au plus profond cette partie de moi me faisait souffrir d'avance. De plus, l'être farouche qui s'était éveillé en moi depuis l'incident avec Tsuno-san m'animait presque d'un désir de le contrarier.

- Je veux bien... J'ai marché dans tous les sens pour qu'ils arrêtent de me suivre et je n'ai pas fait attention au chemin que je prenais.

A ses propos, perdu au milieu de mes sentiments contradictoires, une idée me vint. Galvanisée par mes actes et motivée par une certaine fierté, j'eus alors des propos que je ne me serais jamais cru avoir dans ma vie.

- On fait ça. Mais, en échange, tu m'invites à manger, ok ?

J'avais dis ça en m'approchant d'elle, rentrant le menton pour lever les yeux vers elle, un sourire qui sentait les ennuis aux lèvres. Autant dire qu'un tel acte ne me ressemblait pas. Mais je voulais du risque, je voulais me mettre en danger. Et c'était là une manière de m'exposer, sans parler du fait que je désirais encore pouvoir profiter de la compagnie d'une si belle jeune femme et qui sait, avoir son numéro ?
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Dim 14 Jan - 22:34


23 Avril
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Chun-Hei Cheong

Bon, elle a l'air de lentement se détendre. Et de m'observer. Pas que ça me dérange : j'ai l'habitude et je préfère ce regard à l'air prédateur qu'elle arborait un peu plus tôt. Disons que j'ai moins l'impression de risquer un coup de poing en pleine face si je la surprends. honnêtement, je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête mais elle a l'air en pleine introspection, je pourrais presque croire qu'elle m'a oublié si ses yeux n'étaient pas tourné vers moi. Je suis du genre à aimer savoir ce qui se passe dans la tête des gens, surtout quand ça me concerne - et vu que son regard s'attarde vachement sur moi, j'imagine que ça me concerne pas mal.

- On fait ça. Mais, en échange, tu m'invites à manger, ok ?

L'inviter à manger ? C'est... inattendu. D'un côté, avec l'allure de son sourire, ça a au moins l'avantage de répondre à ma question sur ce qui se passait dans sa tête : visiblement, elle se demandait si elle devait m'inviter ou non. Amusant, quand on y pense : la dernière fois que j'ai sauvé quelqu'un dans cette situation, c'est moi qui me rinçait l'oeil à moitié sur mon camarade de sauvetage (bon, il le faisait aussi, je suis pas aveugle, et pour ma défense il a retiré son tee-shirt sous mes yeux parce qu'il était plein de sang) et que maintenant, visiblement, c'est moi qui plait. je ne vais pas m'en plaindre, c'est toujours agréable.

- Ça marche. Dis-moi juste ce que tu aimes et je t'offre ce que tu veux.

Double sens ? Plus ou moins. J'ai mes propres barrières et aucune intention de les briser, mais j'ai besoin d'une redescente d'adrénaline après ça. un repas tranquille avec une jolie fille c'est une bonne façon de destresser - il faut juste que je laisse de côté le fait que ma dernière "expérience" avec une fille s'est soldée par elle qui s'accroche et qui finit par me détester parce que je suis du genre instable, j'aurais pas ce problème ici, je ne reste pas assez longtemps. En prime, j'ai une guide-garde-du-corps personnelle le temps d'une après-midi et de retrouver mon chemin.

Je marche tranquillement à ses côtés sans même lui demander où elle compte aller précisément. Soit me ramener en centre-ville pour que je retrouve mon chemin, soit me conduire là où elle veut manger. Peu importe, j'étais sortie en ville pour me promener au hasard, donc autant le faire jusqu'au bout.
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Chun-Hei Cheong
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Mer 17 Jan - 20:39

Le fait qu'elle accepte me fit ressentir une nouvelle excitation. Mal habitué à ce genre de choses, je sentis mon visage se couvrir de rouge mais, je me détournai bien vite et commençai à marcher, espérant ainsi échapper à son regard indiscret.

Emplie d'une étrange énergie, je me mis alors à la guider. La sensation que j'éprouvai alors était aussi étrange qu'inédite pour moi. Marcher au côté de quelqu'un dans la rue, publiquement, sans me cacher, avait été une expérience rare. La seule qui me revenait en tête était ma récente sortie avec Lily. Autant dire que je n'étais donc pas habitué à cet étrange sentiment.

Sans parler que cette fois-ci, l'ambiance était différente. Je pouvais le sentir sans bien le comprendre. Mais je ne marchais pas au côté d'une amie qui me plaisait sentimentalement. Je marchais au côté d'une inconnue qui me plaisait physiquement. C'était peut-être un détail pour la plupart des gens, mais pour moi, ça faisait la différence.

Tout en pensant à cela, je faisais mine de réfléchir, le regard un peu perdue sur la ville qui nous entourait, ce dernier ne se fixant que de temps à autre sur le chemin que nous devions suivre. A vrai dire, j'avais déjà une idée de l'endroit ou je rêvais de me rendre. Mais comment l'annoncer avec naturel ? Je voulais éviter que ma... mon.. "amie"? Ne se pose de questions.

- Bah... T'auras qu'à m'inviter au Mcdo qu'il y a sur la place centrale quand on y sera ?

Avais-je dis en jouant la comédie, faisant comme ci c'était là la chose la plus naturelle et la plus logique qui soit. Décidément, ces virées en solitaire faisaient de moi une toute autre personne et je me découvrais des talents insoupçonnés.

- Et en attendant, tu peux me dire ce que tu fais à Nara ?

Désinvolture et naturel étaient encore au rendez-vous. Quel étrange métamorphose pour la jeune fille timide et discrète qui portait l'uniforme de l'académie quelques heures plus tôt ? Etais-je en train de devenir folle? Devais-je m'inquiéter ?

Mais non, je n'y arrivais décidément pas. En tout cas, pas sur le moment. Au contraire, il me semblait vivre. Je me sentais portée par un appétit de vivre insatiable, un désir de profiter de l'instant présent qui ne semblait connaître aucune retenue. Et à ce sujet, je me demandais bien comment je pourrais parvenir à me rapprocher de ma... "demoiselle en détresse" ?

Après tout, comment faisait-on pour draguer ? Je n'en avais aucune idée, moi.
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Naomi Lawford
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Lun 5 Fév - 18:22


23 Avril
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Même au bout du monde

Chun-Hei Cheong

Pour le nombre de fois où les gens se sont amusés à me voir où à me faire rougir, je me permets un léger sourire en voyant son visage se colorer. Elle n'a sûrement pas l'habitude, peut-être que son invitation était un instant de folie imprévu. Enfin de toute façon je suis pas du genre lourde, si jamais elle change d'avis en chemin je me contenterai de hausser les épaules et de passer à autre chose. Sinon eh bien... son petit instant de courage aura pris forme un moment et ça sera toujours ça de pris. Quitte à être un test pour quand elle invitera quelqu'un d'autre qu'une inconnue sauvée dans la rue, peut-être une vraie prétendante, après tout : tout le monde n'est pas comme moi à voler d'un cœur à l'autre.

- Bah... T'auras qu'à m'inviter au Mcdo qu'il y a sur la place centrale quand on y sera ?
- Ca marche.

Elle n'a ni relevé ni réagi à l’ambiguïté de ma dernière réponse, ce qui est disons... une preuve de plus que ça n'est pas son quotidien. Quelqu'un comme moi ou comme Max aurait fait un commentaire, même un simple "tout ce que je veux ? Vraiment ?" un peu cliché.

- Et en attendant, tu peux me dire ce que tu fais à Nara ?

Hm, j'ai l'impression que c'est la question à laquelle j'ai le plus répondu depuis que je suis arrivée. Même les gens que je croise dans le lycée me la posent, de temps en temps - entre ceux qui me connaissent de la télé et ceux qui ne m'ont jamais vu nulle part et me remarquent suffisamment pour que je me détache du lot. Enfin là, pour l'instant, je me pose surtout une question à moi-même : est-ce que ça va la rassurer ou la stopper dans son attitude si je lui dis que je serai partie dans une semaine ? Cinq jours, même. Ça dépend de ce qu'elle a en tête, peut-être que ça la réconfortera de savoir que si elle fait des choses de travers, elle a très peu de risques de me revoir.
Si elle s'attachait à moi aussi, remarque, mais là c'est moi que ça arrange.

- Je suis en échange scolaire. Un mois qui touche à sa fin, je rentre à Londres dans cinq jours.

Et malgré tout ça, j'ai quand même réussi à me perdre en ville, ça en dit long sur mon sens de l'orientation. Enfin, au moins le centre-ville et le début du monde connu commence à se dessiner à l'horizon. Je crois voir à peu près où se trouve le mcdo et pour être honnête, je suis limite contente qu’elle ait fait ce choix : une limonade et un truc trop gras, c'est toujours l'idéal pour décompresser.
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Chun-Hei Cheong
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Mar 6 Fév - 21:18

Ainsi donc elle était en échange scolaire et partait dans cinq jours ? Une idée germa dans mon esprit. D'une certaine façon, c'était une nobody ? Personne ici ne devait porter beaucoup de crédits à ce qu'elle pouvait raconter ? Personne ne se souviendrait longtemps d'elle à Nara, n'est-ce-pas ? Du coup, est-ce que je ne pouvais pas en profiter pour me lâcher ?

L'excitation qui était naquit précédemment s'en trouva renforcée. Le caractère éphémère de la relation que je pouvais tisser avec cette inconnue ne venait que renforcer mon désir de... D'expérimenté ? Oui, je pouvais faire des bourdes, me montrer lourdes, faire des gaffes, me ridiculiser face à elle. Elle n'était que de passage après tout. Je ne risquais pas grand chose.

Un sentiment de liberté m'étreint et j'eus presque la sensation que des ailes me poussaient dans le dos. La soirée allait sans doute être inoubliable. L'air était frais mais je pouvais soudainement y deviner un parfum plein de promesse.

- Cinq jours, hein ?

Dis-je tout haut, un sourire se dessinant sur mon visage alors que je la regardai de trois-quart avec des yeux pétillants de malices.

- Il s'agit alors de ne pas perdre de temps et d'en profiter!

M'exclamai-je comme pour conclure triomphalement mes propos d'un ton enjoué que je reconnaissais à peine chez moi. Puis, mue par une impulsion, je lui saisissais la main et me mettais à courir tout en rigolant.

En nous approchant du centre-ville, nous dépassions de nombreux passants qu'ils nous arrivaient de frôler. Certains râlèrent et maugréèrent en nous qualifiant d'imprudentes mais je m'en moquai. Au contraire, les agacer en jouant à ce jeu avec ma... compagne de soirée ? m'amusait.

Puis, après une traversée audacieuse d'un carrefour, nous franchîmes les portes du macdo. Il y avait un peu de monde mais ce n'était pas encore l'heure d'affluence. J'avais, pour ma part, toujours le rire au bord des lèvres et une soif de vivre qui se lisait dans le regard.

Laissant ma compagne reprendre son souffle, j'essayai maladroitement de cacher ma curiosité alors que je regardai ce genre de lieu depuis l'intérieur pour la première fois de ma vie. Fallait-il s'asseoir? Est-ce qu'on viendrait prendre notre commande? Je l'ignorai. Mais j'avais un peu l'impression de vivre un rêve en étant là.
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Mer 7 Fév - 22:09


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Même au bout du monde

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Première solution, donc : ça a l'air de l'avoir rassérénée et confortée dans son choix. Enfin "choix" est un bien grand mot, envie de liberté serait plus proche, si elle fonctionne comme moi. Les liens et les conséquences sont généralement les choses les plus à même de bloquer mes choix, après tout, une fois qu'ils sont hors du paysage, tout devient plus simple. Et vu le sourire qu'elle affiche en apprenant que je ne reste que cinq jours, je pense que je peux affirmer sans me tromper qu'elle doit avoir eu le même schéma de pensée.

- Il s'agit alors de ne pas perdre de temps et d'en profiter !

Joie de vivre dans trois... deux... un. Je n'ai même pas eu le temps de répondre qu'elle me prenait par la main pour courir vers le centre-ville. Ça aussi, je l'ai déjà fait il y a pas longtemps, comme si c'était une suite logique à une agression dans une ruelle paumée - bon, la dernière fois, c'était surtout pour pas être sur les lieux quand l'ambulance qu'on avait appelée se pointerait, pas pour aller manger tranquillement au McDo, mais l'idée et la même. Je vous jure que si elle me fait le même coup que le gars de l'autre fois et qu'elle enlève son t-shirt en pleine rue parce qu'il est taché, je crie au complot...

A noter qu'ici, les gens ne semblent pas plus habitués qu'à Londres de voir deux personnes courir à toute vitesse au milieu de la foule. J'ai dû en bousculer trois, j'ai pas pris la peine de m'excuser. Principalement parce que j'avais pas le temps, mine de rien elle court vite. Et avant que je réalise, on est arrivées. Essoufflées et avec les cheveux en vrac, mais ça fait du bien un bon bol d'air frais comme ça. Au point que je ne me rends pas compte avant un bon moment que je n'ai pas lâché sa main. Bah, peu importe.
Comme elle a l'air aussi perdue que si elle mettait les pieds dans un mcdo pour la première fois de sa vie (ce qui est possible, je sais pas si c'est populaire ici et moi aussi j'ai mis longtemps avant d'y aller, j'avais ma fierté nationale canadienne avec Tim Hortons), je garde sa main dans la mienne pour la mener du côté du comptoir en souriant et en essayant vaguement de lui expliquer comment ça fonctionne. Il y a assez de queue pour qu'on ait le temps de réfléchir sans gêner personne, sans être bondé pour autant.

- Tu préfères quoi ? Bœuf, poulet ou poisson ? La plupart du temps il y a les trois.

Et puis il y a hamburger ou nuggets, et quarante mille variantes, et je n'ai pas la moindre idée de ce que peut servir un Mcdo japonais, en fait. Du coup je désigne les panneaux en haut d'un signe de tête pour qu'elle voit ce qui lui plaît, et j'essaye moi aussi vaguement de déchiffrer ce qu'ils peuvent bien être. Enfin dans le pire des cas il y a peu de chance que je tombe sur quelque chose que j'aime pas. Je suis pas difficile en matière de nourriture, et encore moins quand je passe un bon moment - surtout avec un retournement émotionnel pareil.
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Jeu 8 Fév - 21:17

C'est lorsqu'elle me tira vers le comptoir que je compris plusieurs choses. Déjà, qu'il fallait commander à ce dernier pour avoir quelque chose et qu'on se tenait toujours la main. L'excitation de la course, la vivacité de l'instant, m'avaient fait oublier le contact chaud et doux qui nous liait.

Marcher ainsi toutes les deux l'une à côté de l'autre, dans une proximité intime faisait déjà battre mon cœur à la chamade. C'est qu'il ne fallait pas grand chose au cœur esseulé et vierge de la jeune fille que j'étais pour l'emballer.

Transporté par la magie de l'instant, je le vivais tout de même avec intensité, ne demeurant pas inactive. Mais par le fait, j'ignorai alors les nombreux regards qui étaient tournées vers nous. La plupart était portée par des adultes ayant la quarantaine et plus. Ils m'étaient tous destinés et ignoraient superbement Naomi.

C'est qu'au Japon, si le McDo était pleinement intégré dans la société nipponne. Pour l'homosexualité féminine, c'était loin d'être simple. Enfin, ceux qui n'étaient pas japonais faisaient ce qu'ils voulaient. De toute manière, ils étaient "uchi", au dehors, et ceux quoi qu'ils fassent. Jamais ils ne seraient "intégrés".

Mais ceux qui apparaissaient comme japonais devaient suivre des règles strictes, en particulier les femmes! Elles étaient "soto", en dedans, et devaient chercher un mari puis lui faire et élever ses enfants.

Bien que ce modèle ne s'adaptaient pas du tout à la jeune génération et à ses envies, c'était celui que la société conservatrice déclarait comme seule estimable, qualifiant volontiers les alternatives de "perversions". Le monde du travail, les médias et les politiques martelaient tout ces principes et humiliaient volontiers tous ceux qui sortaient du cadre.

Du coup, il était simple d'imaginer comment l'homosexualité féminine étaient perçues dans ce climat. Et si l'étiquette japonaise interdisait les comportements grossiers, les insultes et les harcèlements en publics. Ce qui se passait à l'abri des regards ne valaient pas mieux que dans certains pays occidentaux.

De plus, le japonais avaient mille et une façon d'exprimer sa réprobation; le dédain, l'indifférence et la nonchalance notamment. Cela avait de pratique que cela se passait dans le silence le plus feutré et que la victime pouvait difficilement se défendre sans passer pour une hystérique.

Et c'était totalement insouciante de ce qui se pensait à mon égard que je regardai les panneaux, cherchant à les comprendre. J'avais l'étrange impression que ma compagne m'avait percée à jour et qu'elle avait devinée ma situation. Mon regard curieux m'avait sans doute trahi.

Pourtant, je ne voulais pas paraître en position de faiblesse face à elle. Sans parler que je redoutai déjà les questions qu'elle viendrait à me poser si je lui avouai clairement que c'était la première fois que j'entrai dans ce genre de lieux.

Sans me départir de mon sourire, je lui répondais donc avec autant de désinvolture que possible.

- Oh! Je prendrai comme d'habitude!

Mentir n'était pas mon fort. Il fallait dire que mon expérience en la matière approchait du zéro absolu. Mais avec cette inconnue, j'étais différente, comme transfigurer et tous mes interdits, mes tabous, semblaient s'évanouir pour me laisser avec un sentiment extatique de liberté.

- Et toi ? Qu'est-ce que tu vas prendre? Y a un truc que tu préfères ?

Lui demandai-je tout en me rapprochant un peu plus d'elle pour nous retrouver épaule contre épaule, serrant sa main un peu plus fort un bref instant comme pour lui signifier que j'aimai ce contact entre nous. Mon regard plongé dans le sien, je cherchai à deviner si c'était réciproque ou si je m'imposai.
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Jeu 8 Fév - 22:03


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Chun-Hei Cheong

Alors, faisons un rapide résumé de la situation. D'abord, j'ai la sensation étrange que tous les regards sont tournés dans notre direction, mais pas sur moi - étrange parce que j'ai plus l'habitude d'être le centre de l'attention que l'inverse, et que le Japon a tendance à ne pas faire exception à cause de ma tête absolument pas orientale - et ensuite, elle a l'air de ne pas du tout s'en rendre compte. je l'envie un peu, ça doit être agréable de pouvoir ignorer les regards posés sur soi sans se demander lesquels dans le lot nous méprisent.
Ou lesquels s'imaginent nous coincer dans une rue un peu trop vide une fois dehors. Je ne pas ce qui est le pire entre le dégoût et l'attraction maladive.

En tout cas, elle a l'air de connaître mieux que ce que je pensais. Peut-être que c'était juste une impression, ou peut-être qu'elle attendait juste que j'ai repris mon souffle et que c'est simplement pour ça qu'elle n'avait pas marché jusqu'au comptoir. Ou alors elle ne connaît pas mais elle lit juste facilement les noms des trucs et elle improvise de quoi avoir de l'assurance. Dans les deux cas, je trouve ça mignon.

- Hm... Eh bien en bon cliché de nord-américaine, je vais en prendre un avec du bacon.

Généralement, il y en a au moins un. Sinon je prendrai juste un truc assez consistant pour qu'une agence de mannequinat me claque la porte au nez avec un air dégoûté. Après tout, à quoi bon avoir de l'argent si je ne peux pas m'en servir pour manger ? Je souris légèrement en la sentant se rapprocher, laissant mes doigts caresser doucement les siens histoire de lui signifier que ça ne me dérange pas. Comme j'ai dit, je veux m'amuser. la petite queue qui était formée devant nous commence à diminuer et on est à une personne du comptoir. Jusqu'à ce que le gars qui était juste devant et qui vient de prendre son plateau nous jette un regard... disons déplaisant. Je hausse juste un sourcil en posant doucement ma tête contre celle de ma compagne.

- Un problème ?

Je ne l'ai pas dit fort, en un mois j'ai eu le temps d'enregistrer que c'est la meilleure manière d'être mal vue et si l'un de nous doit s'emporter, je préfère que ce soit lui. Mais il se contente de froncer les sourcils, l'air visiblement contrarié, puis de s'éloigner. Rejoindre sa table. Tout seul. Je souris légèrement et murmurant pour la jeune fille à mes côtés :

- Jaloux, il semblerait.

D'elle, de moi, des deux. D'expérience, la plupart des mecs qui regardent deux filles ensembles avec ce genre d'air sont ceux qui auraient préféré en avoir un pour eux. Enfin, ça s'applique surtout chez moi, je sais pas ce qu'il en est ici et je m'en fiche un peu. Pas comme si on pouvait réellement venir nous soûler de trop près. Quand vient finalement notre tour, et malgré un froncement de sourcil presque imperceptible de la part de la fille à la caisse - mais je l'ai vu, dommage - je commande mon bacon frites limonade avec mon assurance habituelle. J'ai l'habitude des regards hostiles, j'en reçois tous les jours au lycée à cause de Gina. On s'y fait.
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MessageSujet: Re: Même au bout du monde [Chun-Hei]   Sam 10 Fév - 0:26

En sentant le contact de sa peau contre la mienne, j'ai soudainement envie de me prendre pour un chat et de frotter mon front contre le sien. Mais je me retiens, les joues légèrement rosissantes portant un regard étonné en direction de l'homme à qui elle s'adressait.

En croisant le sien, je devinai une lueur déplaisante. Cela nourrit alors mon insolence et avec un sourire de défi, je le dardai d'un regard sauvage et dangereux qui pouvait vouloir dire, en gros: "Approche-toi d'elle et tu devras apprendre à manger liquide."

Normalement, je ne me serais sans doute écrasée en fixant le sol, l'air coupable. Mais là, il n'en était pas question. J'étais prête à mettre le feu au monde entier si ce dernier ne m'acceptait pas comme j'étais. L'homme s'en alla sans demander son reste mais je le suivi assez longtemps des yeux pour lui faire presser le pas.

- Jaloux, il semblerait.

Je reportai mon attention à ma compagne et croisai son regard en papillonnant des paupières. Puis, un sourire gagna mes lèvres. Mon visage semblait dire: "C'est sûr, y a de quoi être jalouse de moi au vue de la chance que j'ai d'être à tes côtés." Mais c'était tout simplement indicible pour moi. Et malgré mon excitation, ma timidité m'interdisait de rendre claire ma pensée par la parole.

Alors, je le communiquai autrement en serrant un peu plus fort sa main un court instant et en venant chuchoter à son oreille que ce n'était sûrement qu'un "pauvre naze" avant de pouffer de rire.

C'est alors que la caissière attira notre attention. Distraitement, j'entendis ma compagne commander. Comprenant que cela n'allait pas tarder à être mon tour, je reportai mon attention sur le panneau. Malgré moi, je répétai du bout des lèvres la formulation de la commande pour qu'elle paraisse fluide et routinière. Ce n'était pas très discret mais personne n'avait dit que j'étais une grande menteuse.

Quand ce fut mon tour, je m'en sortis pas trop mal et je parvins à obtenir un cheeseburger comme désiré. Heureuse, je faillis sauter de joie mais ça aurait définitivement paru très étrange. Alors, je me retenais en souriant. J'étais vraiment contente de mon audace. J'avais bien fait de me faire inviter. Ce que je vivais tenais presque du rêve pour moi.

Insistant pour prendre notre plateau, j'invitai ma compagne à nous choisir une place selon ses goûts. J'espérais un endroit plutôt tranquille ou n'aurions pas l'impression d'être pressée par le temps. Même si une part de moi ressentait une certaine fierté à l'idée de partager une table avec une si jolie fille. Étais-ce... Mal ? Je ne pus m'empêcher de me le demander.

Une fois installée, dépaquetant mon cheese pour mordre dedans avec appétit. Je me rendais soudain compte d'une chose essentielle que nous avions jusqu'à maintenant totalement ignoré. Marquant un arrêt avant de commencer mon repas, je regardai ma compagne avec un regard abruti. Puis, avec un sourire mi-amusé mi-ennuyé, je lui apprenais, le rire au bord des lèvres.

- Ah... En fait... Tu peux m'appeler Chun.

Ça me semblait inutile d'être plus formelle. J'avais même l'impression que ça pourrait paraître déplacé au vue du charme désinvolte de notre relation. Après tout, on était pas là pour se laisser nos cartes de visites ensuite mais juste de profiter à fond de ce que nous offrait la liberté de nos inconnus respectifs.
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